Mamadou Dia est un homme politique sénégalais né le 18 Juillet 1910 à Khombole au Sénégal, décédé le 25 Janvier 2009 à Dakar. Il fut président du conseil du Sénégal de 1957 à 1962, date de l’éclatement de la Fédération du Mali. Emprisonné pendant douze longues années, pour une “tentative de coup d’Etat” qui n’a jamais eu lieu, il préféra pardonner cette accusation gratuite mais il dit qu’il ne peut pardonner “ce que le Sénégal est devenu, notamment nos nouvelles dépendances”.
Réputé pour son patriotisme, sa rigueur, et son sens élevé de l’amitié, il nous laisse un héritage incommensurable. Mamadou Dia est aussi un de ces hommes pieux et sage que nous gardons quelque part dans notre coeur. Par devoir de mémoire, Voici 5 choses à savoir sur lui.
(1) Mamadou Dia, un instituteur, directeur d’école et défenseur de la cause des paysans.
Il devient instituteur par vocation, puis en tant que directeur de l’école régionale de Fatick, il écrit pour des journaux dans lesquels il décrit la misère du monde paysan qu’il connaît bien. Ses articles portent essentiellement sur les questions économiques. Il préconise le regroupement des paysans en coopératives, voie idéale pour leur émancipation. Cette idée marquera par la suite sa pensée politique.
(2) Il est passé de directeur d’école à homme politique à la demande des Fatickois (habitants de la région de Fatick, une ville à l’ouest du Sénégal)
D’abord réticent à l’action politique, il accepte de se présenter à la demande des habitants de Fatick qui souhaitent le voir candidat au conseil général. Parrainé par Senghor, il se présente sous l’étiquette SFIO(Section Française de l’Internationale Ouvrière). Ses relations avec Lamine Gueye, leader de la SFIO, se détériorent et avec un groupe de camarades contestataires, dont Léopold Sédar Senghor, ils décident de créer le BDS(Bloc Démocratique Sénégalais).
(3) Mamadou Dia, Socialiste africain, humaniste et démocratique
Mamadou Dia avait une formation économique, ce qui était précieux et rare pour un responsable africain de cette époque. il va choisir la voie de l’économie sociale pour transformer l’économie du pays en créant des coopératives paysannes, qui seront de véritables lieux d’apprentissage de la démocratie pour les paysans qui jusque là étaient relégués au second plan.
Il se fixe comme objectif de réaliser ce travail de formation et de transformation sur quatre ans à travers l’animation rurale. Dia va parler d’une économie démocratique et d’un socialisme humaniste et non bureaucratique, donc selon les références culturelles du peuple. Il va réformer l’administration pour que celle-ci soit une administration de partenariat. Il va lui-même appeler ce système de cogestion et d’autogestion le « socialisme africain humaniste ».
(4) Mamadou Dia, un musulman soufi
Son livre autobiographique ainsi que le film Président Dia de Ousmane William Mbaye nous permet de comprendre l’importance qu’a joué la religion dans sa vie. Sa conscience soufie lui a permis de faire preuve de compassion et d’empathie tout au long de sa vie.
C’est grâce à Sa foi musulmane explique t-il, qu’il a pu supporter dignement ses années d’emprisonnement et renouer avec Léopold Sédar Senghor. À ce propos, il lui a rendu un bel hommage lors de son décès malgré tout. Il pardonne pour cet être suprême “qui pour lui était le seul à décider, les humains n’étant que des instruments”. Il voulait d’ailleurs faire, déclare son directeur de cabinet Roland Collin “une grande assise nationale sur l’islam et le développement, mais cela n’a pas pu se faire à cause des événements de 1962”.
(5) Mamadou Dia a été emprisonné pendant 12 ans sous le magistère de Senghor
En 1960, Dia est nommé premier ministre par Léopold Sédar Senghor, premier président de la République Sénégalaise. La gestion de Dia est alors critiquée. Il reprend contact avec certains dirigeants venant des pays de l’Est, notamment la Yougoslavie dont le principe d’autogestion l’intéresse. Selon Roland Collin, “les ennemis de Dia intoxiquent Senghor, car le socialisme de Dia mènera au communisme qu’on lui présente comme une destruction pour l’Afrique. On fait croire à Senghor que Dia est en train de monter un complot contre lui pour transformer le Sénégal en République islamique. Progressivement, Senghor va se laisser envahir par cette idée”. Il l’accuse alors en 1962 de tentative de coup d’Etat.
En 1972, Senghor lui propose de le libérer sous réserve qu’il renonce à la politique. Chose qu’il refuse en ces termes : “vivre libre en prison plutôt que d’être prisonnier dehors” car pour lui la politique est non seulement un droit mais aussi un devoir. Senghor le graciera 2 ans après sans conditions. Affaibli par le poids de l’âge, il prenait néanmoins régulièrement position, à travers des sorties épistolaires dans la presse sénégalaise, sur des questions d’intérêt national, continental et international.
10 ans après sa mort, le building administratif sénégalais porte désormais son nom, un bel hommage…




