Accession d’Abdou Diouf à la présidence du Sénégal

Au lendemain de l’annonce de la démission du président Léopold Sédar Senghor, le premier ministre Abdou Diouf est assermenté président de la République du Sénégal. Diouf est pour sa part remplacé au poste de premier ministre par Habib Thiam.

Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal depuis l’indépendance, en 1960, est l’une des figures les plus connues d’Afrique. Défenseur de la négritude, notion à laquelle son nom reste associé, il a cherché pendant son règne à développer un socialisme africain qui constitue en quelque sorte une alternative à l’idéologie marxiste. Âgé de 74 ans, il annonce sa démission avant la fin de son cinquième mandat. Abdou Diouf est issu du Parti socialiste, la même famille politique que son prédécesseur. Il a 45 ans lorsqu’il succède à Senghor à la tête de l’État, le 1er janvier 1981. En avril, Diouf fait adopter par l’Assemblée nationale un amendement constitutionnel qui lève les restrictions existantes sur la formation des partis politiques. Sous Senghor, seulement quatre partis étaient autorisés. Les liens du Sénégal avec la France sont renforcés par la visite en juin du premier ministre Thiam à Paris et par la participation du président Diouf au sommet Franco-africain de Paris. Le 31 juillet, les troupes sénégalaises interviennent en Gambie, petite enclave au sein du Sénégal, à la suite de la demande du président gambien Dawda Jawara. Le 17 décembre, Diouf et Jawara signent un accord visant à confédérer les deux pays sous le nom de Sénégambie. La confédération de Sénégambie voit le jour le 1er février 1982 et, bien que les deux pays conservent leur souveraineté, ils partagent les domaines de la défense ainsi que de la politique monétaire et étrangère. La confédération sera officiellement dissoute en août 1989.

Siradiou Diallo, « Quand un président africain s’en va…que fait l’opposition ? »

«…L’annonce de la retraite anticipée du président Senghor a provoqué une véritable levée de boucliers dans l’opposition. Curieusement, ceux qui n’avaient de cesse de crier « Senghor, démission! » ou se juraient de l’abattre semblent soudain pris de malaise. Certes, le rêve qu’ils caressaient depuis belle lurette, à savoir un Sénégal sans Senghor, est sur le point de se réaliser. Mais sans eux et, plus grave, contre eux. Le paradoxe du Sénégal, c’est que partisans et adversaires du président-poète n’ont pas cru jusqu’au dernier moment aux rumeurs relatives à sa démission. Malgré les allusions répétées, les fuites calculées et les confidences chuchotées ici ou là, la classe politique restait étrangement sceptique. Habituée aux manoeuvres, ficelles et autres acrobaties de ce fort en thème qui domine depuis une trentaine d’années la scène politique nationale, elle ne pouvait l’imaginer dans un autre rôle. Surtout pas celui de simple retraité. »

Jeune Afrique (France), 17 décembre 1980, p. 19.

M.S., « La sortie de Senghor »

«…En agissant comme un monarque absolu, au mépris des principes les plus élémentaires de la démocratie, qui exigeraient au minimum l’organisation d’une élection anticipée libre de toute contrainte et de toute discrimination, Léopold Senghor a précipité son pays dans une situation de crise aiguë. Quelles que soient les intentions réelles du président sortant, les amarres sont en effet rompues. Au sein du Parti socialiste, en pleine faillite et qui fait eau de toute part, les tractations et manoeuvres ont déjà commencé, et on peut prévoir que la lutte pour les places sera sans pitié. Tandis que d’anciens « barons » écartés risquent de resurgir de leur « exil », on s’attend avec Abdou Diouf et son entourage (les hommes pressentis pour le poste de Premier ministre sont, comme lui, des technocrates de l’aile droitière du parti) à une accentuation marquée du caractère autoritaire du régime. Quant aux forces de l’opposition légale non reconnues, dont les commentaires et prises de position, à l’annonce de la démission de Senghor, se recoupent, elles sont aujourd’hui placées devant leurs responsabilités. »

Afrique-Asie (France), 22 décembre 1980, p. 25.

Pierre Biarnes, « Une situation difficile »

«…Depuis un an, un plan de redressement a bien été mis en oeuvre, non sans courage, sous la responsabilité directe de M. Abdou Diouf. Mais, pour le moment, on n’en ressent guère que les rigueurs, en dépit d’un accroissement très important de l’aide financière extérieure de la France, du Fonds monétaire internationale et de la Banque mondiale, en particulier. Le climat social n’est donc pas bon. La personnalité du président Senghor a cependant très largement contribué à atténuer les effets, sur le plan politique, de cette crise. Le Sénégal est le pays le plus libéral d’Afrique. Tous les courants de pensée ne peuvent pas encore s’y organiser en partis politiques mais ils peuvent, au moins, s’exprimer librement, et les opposants ne se privent pas de critiquer le pouvoir, comme en témoignent les nombreuses publications de l’opposition en vente à Dakar. (…) Le Sénégal est en même temps un des pays les plus stables d’Afrique. L’opposition est, en fin de compte, tout aussi soucieuse d’égalité que le pouvoir. M. Abdou Diouf sera-t-il capable de préserver en même temps la stabilité et la liberté ? Ou bien, ne sera-t-il pas tenté de privilégier la première au détriment de la seconde ? »

Le Monde (France), 1e janvier 1981, p. 3.

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