04 décembre 2024
L’ex-Première ministre de Macky Sall, qui s’est rapprochée d’Ousmane Sonko en 2022, plaide pour l’ouverture d’une enquête sur la répression des manifestations politiques qui ont fait plusieurs dizaines de morts.
La victoire à la présidentielle du 24 mars puis aux législatives huit mois plus tard du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef ) fait-elle figure de revanche pour Aminata Touré ? Après avoir conduit la liste de l’ancienne coalition présidentielle en juillet 2022, celle qui fut garde des Sceaux puis Première ministre de Macky Sall avait été mise au ban par l’ancien chef de l’État sénégalais, qui lui avait préféré Amadou Mame Diop pour briguer la présidence de l’Assemblée nationale.
Cette mise à l’écart avait alors poussé l’ancienne présidente du Conseil économique, social et environnemental à rejoindre les rangs de l’opposition emmenée par son principal leader, Ousmane Sonko. Alors que l’Assemblée nationale, désormais largement dominée par le Pastef, vient d’élire son bureau, Aminata Touré, qui occupe depuis deux mois les fonctions de haute représentante du chef de l’État Bassirou Diomaye Faye, revient dans un entretien à Jeune Afrique sur ce qui devrait être, selon elle, les priorités de la nouvelle législature.
Jeune Afrique : Le Pastef a remporté avec une très large majorité les législatives du 17 novembre puisqu’il compte 130 députés, un record. Ce vote des populations est-il le reflet d’une adhésion massive au projet politique du Pastef, ou celui du rejet de l’héritage de l’ancien régime incarné par Macky Sall ?
Aminata Touré : Les deux. Le 24 mars déjà, lors de la présidentielle, c’était la première fois depuis l’existence du Sénégal en tant que démocratie qu’un opposant se faisait élire dès le premier tour. Les Sénégalais sont restés dans cette logique et cette volonté très claire de tourner la page du régime de Macky Sall.
Comment avez-vous contribué à cette victoire ?
J’ai surtout fait campagne dans ma région d’origine, Kaolack. Nous sommes descendus dans les petites communes rurales pour discuter avec les gens. Je considérais qu’il était important d’obtenir cette large majorité pour pouvoir gouverner librement. Mais également pour que la communauté internationale sache que le président Bassirou Diomaye Faye et son équipe défendent leurs positions avec un soutien fort du peuple sénégalais. C’est important que le reste du monde le comprenne.Vous avez accompagné Macky Sall pendant une dizaine d’années, avant de le quitter en 2022 – à la suite de son refus de vous laisser briguer la présidence de l’Assemblée nationale – pour rejoindre son opposant le plus farouche, Ousmane Sonko.
Cette victoire du Pastef sonne-t-elle aussi comme une revanche pour vous ?
Mes divergences fondamentales avec le président Macky Sall venaient du fait que j’étais opposée au troisième mandat.
Mes divergences fondamentales avec le président Macky Sall venaient du fait que j’étais opposée au troisième mandat. Cela allait au-delà de la question de la présidence de l’Assemblée nationale puisque quand je suis arrivée au sein de l’hémicycle, je suis devenue députée indépendante. Malgré cela, j’en ai été expulsée.




