Bouna Alboury N’Diaye (né vers 1878 à Yang-Yang et mort à Louga en 1952), de son vrai nom Yéli Birayamb, est le fils d’Alboury Ndiaye, le dernier Bourba Djolof, c’est-à-dire le dernier souverain du Djolof – un ancien royaume sur le territoire de l’actuel Sénégal – avant son annexion par la France.
Fils aîné du Bourba Djolof, Bouna Alboury Seynabou Ndiaye, et de la linguère Madjiguéne Bassine, il est né à Yang-Yang en 1878 et a vécu une jeunesse difficile à cause des turpitudes qui ont marqué la fin du règne de son père. Le 29 juillet 1890, lors de la bataille que son père livra contre les Français sur son chemin vers le Soudan, il sera repris par Dodds aux Maures et amené à Saint-Louis, il avait 12 ans. En 1894, il fut envoyé au collège Aloui de Tunis. Pour des raisons de santé, il quitta Tunis le 21 novembre 1894 et revint au Sénégal. Le mardi 17 décembre 1895 à l’âge de 18 ans, Bouna Alboury fut investi à Yang-Yang, roi du Djolof, nomination confirmée par décret du Président de la République française en date de janvier 1896.
Bouna fut un grand bâtisseur :
En construisant en 1930 près de 80 puits pour son peuple avec la moitié de son salaire et la participation de la Société de Prévoyance de Djolof.
En aidant les Djoloff-Djoloff à construire ensemble un chemin de fer de 128 km de 1928 à 1931.
En construisant en 1931 à Labgar le premier bassin de rétention connu du Sénégal. En demandant à ses enfants de ne pas réclamer pour leur compte l’argent des chantiers du chemin de fer et des puits.
En refusant pour les élections de novembre 1946 d’être le candidat du colonialisme pour battre Lamine Guèye et Léopold Sédar Senghor, avec cette phrase célèbre : « nous devons être moins égoïstes et ne pas toujours écouter ceux qui nous divisent pour pouvoir régner éternellement dans le pays. Il nous faut songer à l’avenir de nos petits enfants. Je n’autorise aucune personne à mettre mon nom sur la liste aux élections législatives ».
Il avait pour devise : « Quiconque profite des deniers d’un pays qui lui est confié ne servira jamais ce pays ».
Bouna Alboury N’Diaye, adepte de l’unité religieuse au Sénégal :
Il est fait Moukhadam Tidjaniyya par El-Hadji Malick Sy.
Il octroya 200 hectares de terres à Cheikh Ahmadou Bamba à Mbacké Bari où repose Mame Maharame Mbacké et 200 hectares de terres à Serigne Fallou Mbacké à Touba Bogo, et donna en mariage à Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké sa fille aînée Seynabou Ndiaye Bouna qui repose dans le Mausolée de Sokhna Aminta Lo et Sokhna Fatma Diop à Touba, auprès des tombes de Mame Diarra Bouna, Mbayang Bouna et Sokhna Aminta Lo Ndiaye Bouna.
Il amorça le premier au Sénégal le dialogue islamo-chrétien en recevant à Yang-Yang en 1923 l’archevêque de Dakar, Mgr Jalabert, et à Louga en 1936 l’archevêque de Paris, le cardinal Verdier au lendemain de l’inauguration de la cathédrale de Dakar.
Délégué à l’Exposition universelle de Paris en 1900, il est délégué des chefs de province de l’AOF à l’exposition coloniale de 1906. En 1906 toujours, il est membre du conseil privé du gouvernement du Sénégal et fait chevalier de la Légion d’honneur. En 1918, il est fait Croix de guerre 1914-1918 et en 1924, officier de la Légion d’honneur, membre du conseil du gouvernement de l’AOF, commandeur du Mérite agricole, et commandeur de l’étoile noire du Bénin : le 14 juillet 1924, il est délégué des rois et chef de province de l’AOF et dépose une palme sur la tombe du soldat inconnu à Paris sous l’Arc de Triomphe.
Le 11 novembre 1919, il remonte les Champs-Élysées à cheval, en compagnie du Président de la République française. Chevalier de l’ordre Royal du Cambodge et officier du Nicham Ichticar, il est en 1931 délégué de l’AOF à l’exposition coloniale de Paris, en 1935 il est fait commandeur de la Légion d’honneur et chef de province honoraire du Djolof avec salaire à vie. En avril 1947 il est fait grand officier de la Légion d’honneur et membre du conseil privé du gouvernement du Sénégal de 1906 à sa mort.
Le 23 avril 1947, il est fait grand officier de la Légion d’honneur par Vincent Auriol en reconnaissance des services rendus à la France et à son pays, une distinction jamais décernée à un ressortissant d’Afrique noire à cette date.
Aujourd’hui à Louga, comme par miracle, son lieu de bénédiction et de prières est devenu une mosquée en face de la maison de Mame Momar Gaye Massar où il mourut le lundi 28 juillet 1952. Ce jour-là, les chefs religieux et imams de la Oumma islamique firent une dernière prière devant le catafalque, sous la direction de feu El-Hadji Mansour Sy Malick assisté de ses frères, de Serigne Mountaga Daha Tall et de Serigne Modou Bousso Mbacké, avant son transfert par train spécial à Linguère.
L’EXIL D’AL-BOURY, D’APRES LA VERSION DE LA TRADITION DU DJOLOF.
Source: facebook/Histoire du Sénégal
Extraits d’une conversion échangée à la place publique de Linguère, le 30 juillet 1970, entre Sacocki GUISSE (SG), grand dépositaire de la Tradition historique du Djolof, Sidy-MBeuy NDIAYE (SMN), fils du Toubé MBaba-NGouye-Fâma, et Mâlick NDIAYE (MN), traducteur, fait sur enregistrement du chercheur et historien, Eunice CHARLES.(…)
SG (Sacocki GUISSE) : … Al-Boury savait que les Français, qui avaient déjà annexé tous les autres pays de l’intérieur à leur Colonie de Saint-Louis du Sénégal, avaient des projets secrets sur le Djolof. Auparavant, ils avaient déjà envoyé quelqu’un (le Capitaine Jandet, introduit auprès d’Al-Boury par son oncle Méthiour-Maram-Niang) pour venir prendre Bouna et l’envoyer à l’École des Otages (conformément à leur traité signé le 18 juillet 1885) et qu’il refusa catégoriquement de leur donner. Al-Boury (qui était ainsi sur ses gardes, surtout depuis l’affaire du pillage dans le NDiambour, par ses Peul du Djolof) écrivit donc une lettre adressée au Gouverneur, au nom des principaux digitaires du Djolof, dans laquelle il disait ceci : « Nous, Diambour du Djolof, vous écrivons pour vous dire qu’Al-Boury nous pèse et nous persécute. Venez donc à notre rescousse ! » En bref, il se dénigrait ainsi, à dessein, à travers cette lettre (pour mieux sonder les plans cachés du Gouverneur). Le Gouverneur répondit (à cette missive secrète d’Al-Boury) : « Le troisième jour du mois, après la Tamkharît (c’était plutôt après la Korité), je viendrai faire pisser mes gens dans l’antre de sa mosquée ». Aussi, quand Al-Boury reçut cette lettre (par ses espions qu’il eut envoyés à Saint-Louis pour la faire transmettre incognito), il sut alors exactement quand est-ce que les Français viendraient au pays. Et à partir de ce moment, il se mit à faire tous ses préparatifs (d’exode pour Nioro du Sahel). Ses trois fils – Bouna, Sidy et Birahim – étaient encore des enfants à qui il avait habitués à se nourrir de couscous, agrémenté de lait mélangé à du sucre en poudre ; mais pour mieux les prédisposer aux difficultés à venir, il leur fit se nourrir de repas secs et salés (pour les habituer à la difficile disette, lors de la longue marche qu’il envisageait vers l’Est, à travers le désert du Ferlo et du Sahara). Il leur fit servir à cet effet, à compter de ce jour, continuellement du couscous salé, et nul ne put savoir, à ce moment là, pourquoi ce brusque changement chez lui…
SMN (Sidy-MBeuy NDIAYE) – Bouna s’était dit alors : « C’est tout de même bizarre !… Nous regorgeons assez de sucre en réserve et père qui nous faisait toujours servir du couscous mêlé de sucre en poudre, ne nous offre maintenant plus que poudre de sel à la place ?… » Quand ils furent en exil jusqu’à arriver à Matam, le couscous salé fut le meilleur plat qu’ils pouvaient encore espérer. C’est alors que Bouna se dit : « Je commence à comprendre maintenant pourquoi père agissait ainsi avec nous… »
SG – Il leur faisait servir du couscous salé (en prévision de leur exode en cours de route) pour ainsi les en accoutumer. Il faisait aussi d’autres préparatifs en prévision de son départ programmé. A chaque fois, par exemple, que l’on égorgeait soit un bœuf, un mouton ou une chèvre, on en conservait alors soigneusement la peau, sans la découper en morceaux, pour en faire tanner le cuir afin d’en confectionner des sacs en quantité suffisante. Dans ces sacs, l’on y gardait en réserve beaucoup d’eau et de mil.
Quand les préparatifs furent achevés, ils se mirent alors tous en route. Une fois arrivés à Linguère, les Français accompagnés de Méthiour-Maram-Niang (venu en médiateur), du Brâck Yâmar MBôdj, de Djarâf Birahima, Djarâf Boury (Yemar ?), Dêmba-Wâr et Bounama Sall, étaient déjà entrés à Yâng-Yâng.
SMN – Al-Boury ne fuyait pas, il allait requérir de l’aide (du côté de Nioro du Sahel, auprès d’Ahmadou-Cheykhou Tall qu’il avait sollicité pour joindre leurs deux armées). Il marcha ainsi pour arriver jusqu’à Gassi, étape ultime d’abreuvoir (à l’entrée du désert de Ferlo). Les Français lui coupèrent alors la route (vers le Fouta) près de Kaédi, et là il eut avec eux quelques échanges armés.
SG – Quand les Français arrivèrent (au Djolof), il y avait avec eux trois (3) spahis locaux – Tassé-Anta, Samba-Bîgué et Sânôr-Diambâr – et ils échangèrent des coups de feu avec Samba-Boury-NGouye (fils de Toubé MBaba-NDiatté, lui fils de Bira-Yamb Yacine-Biräm, de Bâkan-Tâme Bouri-Gnäbou), un Chevalier de l’armée d’Al-Boury (alors que ce dernier était encore à Gassi). Samba-Boury-NGouye avait décidé subitement de retourner à Linguère pour avertir sa famille maternelle qu’Al-Boury avait l’intention de venir surprendre la cité, le lendemain matin, pour n’avoir pas réussi à les convaincre de partir avec lui en exil. Samba-Boury avait alors sa mère à Linguère et il partit dans ce sens pour l’avertir (de quitter au plutôt), mais avant d’arriver sur les lieux, il rencontra sur sa route une vieille femme, du prénom de Koumba-Koûna, qui lui conseilla de retourner vite sur ses pas, car les spahis de la colonne française étaient déjà entrés à Linguère. Les spahis l’apercevant alors au loin firent tout de suite feu sur lui, à sa riposte Al-Boury, qui entendit au loin l’écho des détonations, sut que c’était un fusil isolé sorti de son armée. Quand Samba-Boury (dans sa course poursuite) arriva à Bouly-Mousseu-Diammâr, il échangea encore une fois des coups de feu avec eux. Enfin, il parvint à Gassi où déclara à Al-Boury qui s’y trouvait encore que les Français étaient déjà entrés à Linguère.
SMN – Gassi, se situe à 14 kms de Linguère. Al-Boury était déjà passé auparavant par Linguère, mais avait eu l’intention d’y retourner le lendemain afin de forcer ses habitants réticents à l’accompagner dans sa marche vers l’exil. Lorsqu’il sut que la colonne française était déjà entrée là-bas, il fit ses ultimes préparatifs (pour la traversée du désert). Au soir, tout fut prêt et Al-Boury fit étaler de grandes nattes pour y rassembler toute la poudre et les balles dont il disposait en réserve pour ses troupes. On fit charger alors tous les fusils et dit à quelques uns de ses fusiliers de se mettre sur leur garde, aux aguets dans les bois, chacun éparpillé à distance les uns des autres et d’y attendre l’ennemi. Il leur dit ceci : « Quand l’armée française arrivera ici au soir, laisser d’abord passer leur avant-garde, puis attaquez le reste de leurs troupes restée en arrière, je me chargerai pour ma part du peloton de tête qui se sera engouffré un peu plus loin ! » C’était une excellente tactique militaire, mais Yâmar (MBôdj), Dêmba-Wâr (Sall), ainsi que les autres chefs alliés de l’expédition française qui connaissaient parfaitement Al-Boury et toutes ses ruses et astuces, recommandèrent (à Dodds) de ne point tenter de le poursuivre (sur ce sentier) durant la nuit, mais d’attendre seulement le lendemain matin à l’aube. Quand Al-Boury vit qu’ils ne viendraient pas cette nuit là même, il reprit alors sa route pour aller faire une halte un plus loin à Cayar. Le lendemain, quand les Français virent qu’il était déjà reparti, ils demandèrent alors dans les parages s’il y avait encore de l’eau au-delà de Gassi ; à la réponse négative, ils considérèrent donc qu’ils ne pouvaient plus continuer à poursuivre ses traces à travers le désert et retournèrent sur leurs pas pour aller lui couper la route du côté de Kaédi (au Nord sur le Fleuve Sénégal).
MN (Mâlick NDIAYE) – Al-Boury-Pênda et MBaba-NGouye, entre autres, ont entamé le chemin de l’exil en compagnie d’Al-Boury. Pourquoi sont-ils donc retournés sur leurs pas au Djolof ?
SMN – Al-Boury-Pênda était le cousin agnatique (frère paternel/doom-i-bàay) d’Al-Boury-Seynabou ; Biräm-Pênda-NDiémé était le père de ce dernier et Lat-Kodou-NDiémé le père de l’autre. Sur la route de l’exil, Toubé MBaba fut parmi les premiers à revenir sur ses pas, à cause de l’exemple donné par Kimîngtâng-Madjîguène. Les valets de chambre de la famille de Toubé MBaba lui conseillèrent alors de rentrer à son tour au pays pour revendiquer le pouvoir. C’est ainsi qu’il retourna sur ses pas, en compagnie de sa famille et de ses valets. Al-Boury-Pênda pour sa part poursuivit lui le chemin d’exil jusqu’à Gâd-ouk-Moungène. Mais, tout le monde était à bout de souffle, du fait de la fatigue éprouvante occasionnée par la difficile traversée du désert. La Garde royale de « Thieungh-et-Warkhôkh » – ce fut pratiquement eux qui avaient investi Al-Boury à la tête du Djolof (et non point le Conseil des Électeurs Diambour) – dirent alors à celui-ci (Al-Boury-Pênda) qu’ils étaient épuisés et lui demandèrent de dire à son frère (Al-Boury-Seynabou) de leur donner l’autorisation de retourner sur leurs pas. Al-Boury-Pênda devait alors exprimer cette demande en compagnie de tous ceux qui voulaient l’accompagner sur le chemin du retour. C’est donc à cause de ce fait qu’Al-Boury-Pênda est à son tour retourné au Djolof ; ce qui est normal du fait que toute la Garde de « Thieungh-et-Warkhôkh » l’avait soutenu vivement dans cette requête.
SG – Si Al-Boury-Pênda a pu acquérir une renommée certaine au sein de l’armée d’Al-Boury, c’est en partie parce qu’il partageait avec lui la même filiation : leurs deux pères, Biräm-Pênda-NDiémé et Lan-Kodou-NDiémé, avaient le même père (Bâka-Kodou-Bîgué-Kô’m-Pâss)…
Le jour où Al-Boury et tout le Djolof en marche furent arrivés jusqu’à Djoumbanam, beaucoup de gens furent, entretemps, morts de soif, presque la moitié de toute la population en exode. S’il y eut des survivants, ce fut notamment à cause de la petite pluie rare qui tombait de temps en temps. Certains même eurent tenté de déserter, mais à chaque fois Al-Boury les faisait poursuivre pour les tuer. Toubé MBaba comptait beaucoup de captifs avec lui et beaucoup de ses parents qui l’avaient suivi lui dirent alors : « Al-Boury en a fini avec le Djolof et c’est la fin de grâce pour lui. Retournes donc au Djolof ! Il en est encore grand temps avant que tous ne périssent ici. Tu ne risqueras pas d’être poursuivi comme les autres (à cause du monde tout autour de toi). » C’est ainsi qu’il retourna sur ses pas et à ce moment, tous les princes qui pouvaient compter sur une nombreuse suite pouvaient alors espérer à leur tour revenir sur leurs pas sans crainte (de se faire tuer). Ma-Kodou NGouye-Fâma, le frère de Toubé MBaba, pour sa part, n’est pas retourné ; mais MBaba, Kimîngtâng, ainsi que la mère de Bouna (Madjîguène-Bâssine), Bâkar-Bîgué-NGôné (fils de Toubé MBaba-NDiatté) et beaucoup d’autres le firent.
Al-Boury-Pênda, pour sa part, continua lui sa route sur le chemin de l’exode jusqu’à Kaédi où les Français surprirent les Djolof-Djolof et tuèrent parmi eux un certain Kôdé-Aram-MBaye Lô. Al-Boury (Seynabou) NDiaye alla jusqu’au village de Mod-NGel, non… c’était plutôt à Kara-Kara… Après une journée passée là-bas, il continua jusqu’à en direction de Mod-NGel. C’est là que le Djolof dit alors à Al-Boury-Pênda qu’il fallait coûte-coûte retourner sur leur pas ; qu’ils ne pouvaient pas laisser tout le pays ainsi anéanti en cours de route et qu’ils étaient tous exténués dans leur longue marche. Ils lui demandèrent de faire comprendre tout cela à Al-Boury. Al-Boury-Pênda leur répondit : « J’espère que vous ne me trahirez pas !… Ne m’obligez surtout pas à me dresser contre mon frère pour ensuite me trahir… Beaucoup d’entre vous que je vois ici ont la fâcheuse habitude de trahir… Ne me trahissez donc pas !… » Ils reprirent : « Tu pourras compter sur nous pour t’appuyer, puisque c’est nous-même qui t’avons mandaté pour aller lui parler à notre place. » Al-Boury-Pênda alors d’ajouter : « Je vous le dis, si vous me trahissez, Al-Boury certainement me fera tuer et c’est mon frère du même sang paternel ! »
Le lendemain, il alla saluer son frère et lui dit : « NDiaye ! Retournons donc au Djolof pour combattre, tous ensemble avec toi, les Français ! Soit ils nous abandonneront notre pays en nous laissant libres, ou alors ils nous tueront tous une bonne fois pour toute. Mais si nous n’optons pas pour ce choix décisif du retour, le Djolof sombrera tout entier hors de son pays et n’existera plus dans le futur pour les générations futures ; et il n’y a que les anciens qui sont restés encore là-bas au pays. » Al-Boury (son frère) lui répondit ceci : « Ce que tu dis est bien vrai, mais je ne peux pas combattre, pour le moment, les Français, ne disposant pas encore de forces à suffisance à leur mesure. » Al-Boury-Pênda lui rétorqua alors : « Laisses-moi donc pour ma part retourner, avec tous ceux qui veulent bien me suivre… » On fit alors étaler les nattes par terre pour y déverser toutes les réserves de poudre et de balles (afin de départager entre les partants et les restants). Tout le Djolof (dna son écrasante majorité) se mit alors en rang du côté d’Al-Boury-Pênda. Ils chargèrent alors tous leurs fusils et firent leurs derniers adieux à Al-Boury. Biräm-Bôye (Al-Boury-Seynabou) dit alors à Al-Boury-Pênda : « Vas !… Mais tu ne verras jamais s’accomplir tes souhaits, car tu n’auras pas ce que tu convoites en secret… et tu seras placé sous les ordres des incirconcis qui exerceront le pouvoir sur toi ! Tu sais, Samba-Lawbé-Pênda et moi, quoiqu’il soit devenu mon rival aujourd’hui, avons scellé lui et moi des choses sacrées… ; et même malgré tout cela, je te préférerais encore à lui sur le trône… Lui et moi, avons passé une nuit inoubliable, une nuit de plein hivernage au cours de laquelle il tenait en bride mon cheval, toute la nuit restant dehors sous la pluie, alors que j’étais à couvert, couché endormi à l’intérieur d’une case… En cela il eut acquis en partie ma grâce malgré moi… Tu peux bien partir pour ta part, mais ce qui te motive au fond de toi-même et te pousse ainsi à te détourner de moi, saches bien que tu ne l’obtiendras pas, car Dieu l’a déjà offert à Samba-Lawbé… » Ainsi Al-Boury Pênda-MBôyo s’en alla pour rentrer au Djolof, mais à son arrivée au pays, il constata que les Français avaient déjà fait installer sur le trône Samba-Lawbé comme Bourba (confirmant ainsi la prophétie d’Al-Boury). Quand Al-Boury-Pênda arriva avec tout le restant des populations du Djolof, revenant ainsi de l’exode, Samba-Lawbé-Pênda se déplaça lui-même personnellement pour venir le recevoir. Ils se saluèrent et s’embrassèrent chaudement, avant de rentrer tout ensemble à Yâng-Yâng.
Madjîguène-NDao (NDiaye) et son fils, Kimîngtâng, le frère aîné utérin de Bouna étaient déjà revenus, à la suite de Bâkar-Bîgué-NGôné (prince descendant de Bira-Yamb Koumba-Guèye, issu de la Maison royale des « Bouri-Gnäbou » par son père Toubé MBaba-NDiatté, au même titre que Bour Sânôr, le père de Kimîng-Tâng, lui-même fils du même Bira-Yamb Koumba-Guèye). Ils avaient alors demandé à Bouna, jeune frère de Kimîngtâng, de venir avec eux, à la suite de sa mère, en lui disant : « Ne suis surtout pas ton père. Il va mourir certainement sur sa route, ainsi que tous ceux qui ont voulu rester avec lui. » Le jeune Bouna alors leur répondit : « Vous pouvez partir si vous le voulez, mais moi je ne le ferai jamais sans mon père… ! » Le lendemain, Al-Boury fit appeler son fils Bouna pour lui demander des nouvelles de sa mère. A la réponse que lui fit Bouna qu’il ne l’avait pas vue, Al-Boury lui demandant encore s’il avait des nouvelles de son frère Kimîngtâng-Madjîguène, ainsi que de son cousin maternel Bâkar-Bîgué, reçut la même réponse servie par son fils. Il demanda alors à Bouna pour quelle raison il n’avait pas rejoint sa famille maternelle à leur départ et son fils de lui répondre qu’il ne voulait pas le faire sans lui. Al-Boury lui dit alors : « Donc tu es bien au courant qu’ils sont tous retournés ?…
MN – Qu’est-ce qui est arrivé à Bouna par la suite ?…
SG – Bouna a continué le chemin avec son père, en route pour Niôro-Lâmdo-Djoulbé. Un jour qu’il se plaignit d’avoir soif, on le confia à un Maure pour le conduire jusqu’au fleuve. Mais le Maure l’amena aux Français (pour toucher une récompense) et le remis, en mains propres, au Colonel Dodds, en lui disant que c’était (le fils de) celui qu’on recherchait. Dodds lui demanda alors son prénom, ainsi que celui de son père et de sa mère, pour en être tout à fait assuré. Bouna avait alors à peine 12 ans, quand les Français l’emmenèrent à Saint-Louis où il fut interné à l’Ecole des Otages. Cinq ou six ans après, on fit déporter Samba-Lawbé pour installer alors à sa place Bouna ; il avait à ce moment 18 ans et devait garder le pouvoir jusqu’à l’âge de 40 ans.
MN – Un certain Biräm-Pathé fut investi entretemps du pouvoir au Djolof pour une courte durée. C’était quand ?
SG – Après que les Français eussent destitué Samba-Lawbé, le Gouverneur envoya Biräm-Pathé ici (au Djolof) pour le remplacer. Il était muni à ce titre d’une autorisation fournie de la part de l’autorité coloniale pour être installé comme nouveau chef du Djolof. Mais il attendait encore le décret de nomination du Gouverneur pour être établi officiellement dans son titre. Cependant, Yâmar MBôdj alla lui-même voir le Gouverneur pour lui dire : « Si vous installez Biräm-Pathé à la place de Samba-Lawbé, vous verrez ressurgir la même situation qu’il y a eu avec Al-Boury et Samba-Lawbé. Installez plutôt Bouna à sa place qui est lui quelqu’un d’instruit. » Le Gouverneur lui répondit alors : « C’est bien vrai que Bouna est instruit, mais il est encore tout jeune ! … » Yâmar répondit alors : « Je serai pour lui sa caution en garanti. S’il commet des forfaits, je m’engage personnellement à payer pour lui toute amende et serai responsable, de mon vivant, pour tout problème qui pourrait survenir durant son administration. C’est ainsi que le Gouverneur décida finalement d’envoyer à sa place Bouna.
SMN – Biräm-Pathé Al-Djäb avait même reçu le manteau de chef (décerné par la Colonie, ainsi que le diplôme le certifiant) ; il ne manquait alors que la seule décision officielle pour sanctionner son installation au Djolof.
MN – Pour combien de temps eut-il porté le titre au Djolof ?
SMN – A peu près huit (8) jours, c’est tout. Bouna est rentré de Saint-Louis, montant sur un cheval de Samba-Lawbé qu’on lui envoya pour l’amener jusqu’ici. Ce cheval était baptisé du nom de « MBir-Samba ».



