Né en 1877, Yélli Birëyamb Ndiaye dit « Bouna » est le fils de Alboury Ndiaye, roi du Jolof et de la Linguère Madjiguéne Bassine Ndao, une princesse de Boynadj (Ndiambour).
En 1875 lors de l’attaque surprise de Baraa,frère de Ahmadou Cheikhou Bah à Yang-Yang(mbèttal Yang-Yang),Madjiguéne Bassine promit un fils prodige à Alboury en lui disant: « Douma djiguéne diou ay gaaf ba ngay ayé si mane, say none dila ganaawou!té lolou dinga thi kham dara! »(Je ne suis pas une femme poisseuse et bientôt tu en aura la certitude! »):Pour rappeler qu’une femme a les moyens pour mettre au monde le modèle d’enfant qu’elle veut. Par conséquent Alboury portait beaucoup d’espoir en lui et ne jurait que par son nom (« guèniok Biram Penda Ndiémé ak ma niakk Bouna ».)Avant son départ pour l’exil,il sollicita des prières pour lui auprès de Cheikhna Cheikh Saadbou Abih qui prédit pour Bouna un destin exceptionnel.Néanmoins Alboury préféra l’emmener avec lui ,en Mai 1890, pour ne pas le laisser à la merci de son oncle despotique Samba Laobé Ndiaye & des français.Mais au mois de Juillet ces derniers (le Colonel Dodds)réussirent à mettre la main sur lui à Kaedi,par l’entremise des Maures, après quelques échauffourées contre la caravane d’Alboury:Bouna n’avait que 13ans.
Pensionnaire de l’école des fils de chef,il sera envoyé en 1894 en Tunisie pour des études.Mais il rentra plutôt que prévu pour des raisons de santé.
Le 17 Décembre 1895,il est proclamé Bourba Jolof à l’âge de 18 ans aux détriments de son oncle Samba Laobé Ndiaye qui sera déporté au Gabon en même tant que Cheikh Ahmadou Bamba.
Assisté par le Brack du Walo Yamar Mbodj, Bouna Alboury a été un roi Juste, Généreux, et Humble qui à l’instar des volontaires de la 1ère guerre mondiale, servira dans les rangs de l’armée française lors de la 1ère guerre mondiale.
Bouna Alboury avait une relation très particulière avec le disciple du Maître Seydi Hadji Malick S’y en l’occurrence El Hadji Daouda Dia.
Certains ayant craint pour le pouvoir du roi Bouna Alboury, suggérèrent à ce dernier d’écarter El Hadji Daouda Dia qui pouvait devenir son potentiel rival pour le trône du Djolof considérant le nombre de ses adeptes. Le Roi envoya un éclaireur qui fut ébahi par la pratique religieuse du Saint homme. Une même pratique qui gagna le cœur du Bourba Djolof et l’amena à établir un pont entre les pouvoirs spirituels et religieux. El Hadj Daouda Dia était désormais accepté par le Roi qui donna même le nom de son fils à El Hadji Daouda Dia à savoir Daouda Ndiaye Bouna, dit « Sarakh Ndiaye ».
Bouna était un musulman de la confrérie tijâne mais c’est El Hadj Daouda Dia qui l’a amené à Tivaouane chez le Maître Seydi Hadji Malick Sy pour que ce dernier lui donne le wird de la Tariqa Tidjane.
Moukhadam du Maître Seydil Hadj Malick SY, Il amorça le premier au Sénégal le dialogue islamo-chrétien en recevant à Yang-Yang en 1923 l’archevêque de Dakar, Mgr Jalabert, et à Louga en 1936 l’archevêque de Paris, le cardinal Verdier au lendemain de l’inauguration de la cathédrale de Dakar.
À son retour sur le trône, avec un certain capital d’expérience, il administra le Jolof d’une main ferme,et indulgente.Affable du haut de ses 2mètres, élégant, calme, entreprenant & pragmatique, Bouna était surtout aimé par son peuple pour ses valeurs humaines. il disait:
« Quiconque profite des deniers d’un pays qui lui est confié ne le servira jamais ».
« Les obscures ne sauront jamais s’affranchir de la pauvreté ». Paroles qu’il aura joints à l’acte en cédant ses soldes de Roi aux populations.
Le 17 décembre 1895, Bouna Ndiaye est investi à Yang yang, à dix-huit ans, comme le plus jeune Bourba de l’histoire du Djolof.
De son règne, fût un grand bâtisseur. En construisant en 1930 près de 80 puits pour son peuple avec la moitié de son salaire et la participation de la Société de Prévoyance de Djoloff. En aidant les Djoloff-Djoloff à construire ensemble un chemin de fer de 128 km de 1928 à 1931. En construisant en 1931 à Labgar le premier bassin de rétention connu du Sénégal. En demandant à ses enfants de ne pas réclamer pour leur compte l’argent des chantiers du chemin de fer et des puits.
-En 1928, Bouna décida de faire le pèlerinage à la Mecque avec une cinquantaine de personnes.Puis il y renonça quand il fit une petite tournée aux confins du Djolof et vit que le pays fut touché par une grande famine. Avec son argent, il acheta du riz et du mil qu’il distribua à son peuple sous forme de prêt. L’année suivante, à la suite d’une bonne récolte, il annonça aux populations que les prêts octroyés ne seront pas remboursés.Ensuite il fit creuser environ 80 puits, contribua à achever le chemin de fer de 128 Km (1928 à 1931)et à construiire d’un bassin de rétention à Labgar (1931).La verdure revint petit à petit.Une chanson reprise par Youssou Ndour lui fut dédiée à l’occasion: « Bouna Ndiaye Madjiguéne,ba Jolof maréé naan, Bouna ya bënniy tèèn Wa Jolof di ca naan ba rééw mi naat ».
-Bouna Alboury avait aussi une dimension spirituelle spéciale.Après son affiliation auprès du Maître Seydi Elhadj Hadj Malick Sy, et un cheminement spirituel fulgurant,il sera élevé au grade de Mouqadam dans la Tariqa Tidjane.Ainsi fut il aussi proche de Cheikh Ahmadou Bamba et de sa famille:
Il lui offrit les terres de Mbacké Baari, octroyera à Serigne Fallou les 200 Ha de Touba-Bogo, puis donnera en mariage sa fille ainée Seynabou Ndiaye Bouna à S Modou Moustapha Mbacké.il fut également ami de l’Abbé Jalabert,1er archevêque de la cathédrale Dakar.
-À l’âge de 58 ans, après un magistère auréolé de réalisations, d’honneurs et de décorations, il rassembla le peuple du Jolof pour leur faire ses adieux, déclarant qu’il ne voulait plus être roi & qu’il veut quitter le trône pour consacrer le reste de sa vie à Dieu: »…Ngour kèn douko niédd!Wa Jolof ba naléén ak séén Rééw…! » Dit-il ce jour.
Il quitta ce bas monde en Juillet 1952 à l’âge de 75ans.
Par Alphahim Mayoro




