La religion traditionnelle des Lébous est l’animisme, comme toutes les autres populations sénégalaises. Ils ont été convertis à l’islam entre le XVIIe siècle et la fin du XXe siècle par les musulmans de la province du Diambour au Cayor, venus s’installer sur la presqu’île, et par les commerçants Maures.
Même si les us et coutumes de plusieurs communautés ont été bouleversés, à la fois, par l’Islam et le modernisme, Les Lébous restent une des communautés les plus attachées aux cultes et croyances traditionnels ; la présence encore vivante de certaines traditions spirituelles comme le Ndeupp, les Tuur et les Rab le montre.
Le Ndeup est une cérémonie rituelle, sorte de séance d’exorcisme, destinée à purifier l’âme et l’esprit de l’individu, pour le protéger des esprits maléfiques ou djinns. C’est une thérapie de groupe visant à guérir les personnes souffrant de troubles mentaux ou d’état dépressif.
La cérémonie du Ndeup possède des prêtresses spécialisées, appelées Ndëpkat. Elle se déroule sur une place publique où se retrouvent, sous le roulement des tams-tams, parents et amis du malade ainsi que de simples spectateurs dans une très grande frénésie.
Tout, dans cette cérémonie, revêt une signification : les danses, le mil, les battements de tambour, les litanies prononcées. Très peu de personnes détiennent les secrets de cette cérémonie, qui se transmettent de génération en génération. Cette transmission se fait continuellement, en vue de garder jalousement les secrets de ce rite lébou.
Les Tuur et les Rabb sont les deux principes importants qu’on trouve dans la religion traditionnelle. Les Tuur sont les âmes des ancêtres méritants, ayant marqué la vie de la communauté, ou ayant été en adéquation avec les préceptes divins ; les Rabb sont des forces occultes, propriétaires d’un lieu le plus souvent.
Le nom Tuur est souvent précédé de Mame qui signifie ancêtre. A Yoff, Mame Gana Diop ou Mame N’Diaré, ayant marqué la vie de leur communauté de leur vivant font partie des âmes ancestrales, à qui les Yoffois adressent des prières d’hommages. À Rufisque, Tenguedj en Wolof, Mame Coumba Lamba est une ancêtre, âme protectrice de ce lieu. Les cérémonies en hommage aux Tuur sont appelées tuuru ; elles donnent lieu à de grandes festivités, sacrifices, prières, qui ont pour objet d’obtenir l’aide et la protection des Tuur ou génies protecteurs.
Ainsi, si on examine le cas de Rufisque, on note que depuis très longtemps, les populations de Rufisque se rendent à Ndéppé, un bout de terre situé à l’entrée de Diokoul, un quartier traditionnel de Rufisque où le génie tutélaire de la ville, Mame Coumba Lamba, a élu domicile, pour déposer des quartiers de viande, du mil ou encore du cola en guise d’offrandes ; toutes ces offrandes sont faites pour attirer des faveurs ou des bienfaits ou pour conjurer des malheurs.
De même, Les Lébous de Dakar, face à tous les dangers et malheurs qui peuvent frapper la capitale ou le pays, demandent aide et protection à Leuk Daour, génie protecteur de Dakar, qui habiterait entre l’Ile des Madeleines et la plage de Soumbedioune. Il serait le seul génie côtier masculin.
Cette même mission de protection est assurée à Gorée par Coumba Castel.
Les Rabb sont des forces occultes, propriétaires d’un lieu le plus souvent. Ainsi pour pouvoir habiter un lieu où vit un Rabb, il fallait des rites et cérémonies religieuses préalables, afin d’établir une harmonie entre la communauté, et toutes ces forces de la création, notamment les Rabb. Pour que cette harmonie puisse s’instaurer durablement, divers lieux de cultes (Xamb en Wolof), sont édifiés.
Voici présentés, peut-être à grands traits, les Lébous, peuple autochtone de la région de Dakar, peuple fier de sa culture et de ses traditions, peuple à l’hospitalité légendaire et ouvert à l’autre.
Patronymes Parmi les noms de familles souvent portés par Les Lébous, on relève notamment : Ndoye, Diene, Paye, Thiaw, Gueye, Ndir, Mbengue, Sembène, Yade, Mbaye, Bakhoum, Diagne, Samb, Nguirane, Thiongane, Youm, Seck … . Lébou et Wolofs portent souvent les mêmes patronymes. C’est ainsi que Gueye, M’Bengue, Gaye et Samb sont aussi bien portés par les Wolofs que Les Lébous et que par ailleurs un grand nombre de Lébous portent les noms typiquement wolof, Ndiaye et Diop. Beaucoup de patronymes Sereres se retrouvent chez Les Lébous : Diène, Mbengue, Bakhoum, Paye, qui serait une déformation de Faye, patronyme Sérère. Le nom Diagne, d’origine maure, est porté par beaucoup de Wolofs et de Lébous, à la suite d’une wolofisation ancienne.
Langue Les Lébous parlent le wolof, langue parlée au Sénégal, en Gambie et en Mauritanie. Ils sont classés parmi les Wolofs, avec lesquels ils partagent la même langue. Selon beaucoup de chercheurs, dont Pathé Diagne, La langue wolof elle-même viendrait de la langue lébou. Ce seraient donc les Wolofs qui parlent plutôt la langue des Lébous. Selon d’autres, le mot « Wolof » était originellement utilisé pour désigner les habitants de Lof « waa-lof » (Wolof: « le peuple de Lof »), une ancienne province du Waalo dont les populations se faisaient appeler wa-Lof ou les gens de Lof, ce qui littéralement veut dire : les gens du bord de l’eau. Toujours, est-il que, aujourd’hui, Le groupe wolof-lébou apparaît comme une entité qui, par delà les particularités locales des différents rameaux qui le composent (Waalo-Waalo, Saloum-Saloum, Ajoor Ajoor, Les Lébous, les Njambour-Njambour, les Baol-Baol, etc.), parle la même langue commune, présente les mêmes traits physiques et se distingue par les mêmes modèles sociaux, le même sens aigu des relations sociales et à quelques variantes près, les mêmes formes de croyances.




