« Ancrage et mutations de la presse sénégalaise dans la première moitié du 20ème siècle (1913-1947) », c’est le sujet de la thèse d’Etat qui a valu à Diégane Sène, depuis samedi passé, le titre de Docteur d’Etat Ès Lettres. Cette étude d’ensemble sur la presse sénégalaise a été jugée très solide par les membres du jury qui lui ont décerné, à l’unanimité, la mention Très Honorable
C’est avec une fierté et une émotion difficilement dissimulables que Diègane Sène, enseignant au Cesti, ancien ministre et ancien député, a arboré, devant ses parents, amis et collègues venus nombreux, la toge aux couleurs noir et jaune moutarde qui le consacre Docteur d’Etat Ès Lettres. Cela, après que le jury lui a décerné la mention Très Honorable pour sa thèse intitulée : « Ancrage et mutations de la presse sénégalaise dans la première moitié du 20ème siècle (1913-1947) ».
Pour le Pr Aka Kwamé de la Côte d’Ivoire, Diègane Sène a présenté « un travail solide sur la presse sénégalaise ». De l’avis du Pr Abdoulaye Touré de l’Ifan, « c’est une thèse d’une excellente facture, pleine d’informations utiles ». Alors que pour le Pr Olivier Sagna, « c’est une masse de connaissances originales sur l’histoire de la presse sénégalaise ». Quant au président du jury, le Pr Cheikh Dieng, le travail de Diègane Sène « est une compilation extraordinaire d’informations ».
Et pourtant, c’était loin d’être gagné pour Diégane Sène. Ce travail, il l’avait commencé sous la direction de feu le Pr Mbaye Guèye, et ce n’est que l’année dernière qu’il s’est tourné vers le Pr Ousseynou Faye, son directeur de thèse, pour finaliser ce document qui fait deux tomes pour un total de 881 pages. Un travail qui a nécessité beaucoup d’efforts de recherches aussi bien au Sénégal qu’en France.
Un travail scientifique qui comble un vide
Avec cette thèse, l’auteur a le sentiment d’avoir comblé un certain vide qu’il avait constaté lorsque, revenu de France pour enseigner l’histoire de la presse au Cesti, il n’avait trouvé aucun support solide sur lequel il pouvait s’appuyer pour faire ses enseignements.
D’où les raisons qui ont guidé au choix de son sujet de thèse. « Des travaux scientifiques sur la question manquaient. Il n’y avait pas d’études d’ensemble, mais juste des bibliographies sur un nombre limité de journaux du 19ème siècle et quelques monographies à partir des années 1980. Ces bibliographies étaient de très bonne qualité, mais j’avais noté quelques insuffisances. En ce sens que ces sources avaient laissé de côté plus du tiers. Il fallait les découvrir, les ramener à la surface et construire un document le plus complet possible », a déclaré M. Sène. Une modeste contribution dans un champ de recherche que d’autres historiens, espère- t-il, vont creuser davantage. Dans sa thèse, Diégane Sène ne s’est pas contenté de retracer l’évolution chronologique de la presse sénégalaise entre 1913 et 1947. Il a eu le mérite d’apporter quelques éclairages sur certaines interprétations et de faire tomber certaines idées reçues. Depuis 1965, l’historiographie dit que la presse sénégalaise, de ses origines à maintenant, se composait de 81 journaux et autres titres. Mais Diégane Sène a découvert qu’il y avait 31 autres titres qui n’avaient pas été pris en compte. « Si on intègre ce chiffre, cela ramène le total à 113 publications durant cette période. Et si on y ajoute la dizaine de publications intervenue entre la grande guerre et 1947, on se retrouve avec 135 titres », a-t-il avancé.
Concernant les idées reçues que cette thèse a fait tomber, il y a celle qui veut que la presse quotidienne au Sénégal est née dans l’entre-deux guerres. « Il n’y a pas plus grave erreur que de le penser. Dès 1914, nous avons vu naître les premiers quotidiens sénégalais », argue M. Sène. Autre idée reçue selon laquelle que pendant la Seconde guerre, il n’y avait presque pas de presse au Sénégal ? « Là également, c’est une erreur », a soutenu M. Sène. « Entre 1940 et 1945, il est né au Sénégal un nombre importants de titres », a-t-il indiqué.
1913, naissance de la presse sénégalaise
Dans sa thèse, Diégane Sène soutient que la presse n’existait pas au Sénégal avant 1913. Certes il y avait des journaux depuis 1844, mais, selon lui, l’existence de journaux ne veut pas dire forcément existence d’une presse. « La presse, c’est plusieurs titres qui coexistent à la même période …». Diégane Sène décide de remonter le temps en démontrant que l’existence, dès 1913, de plusieurs journaux, de plusieurs courants politiques, d’informations de tous les genres, balisait le chemin qui allait mener vers ce qu’il considère comme « l’âge d’or » de la presse sénégalaise. « Cette période part de 1932. Elle est marquée par l’arrivée de certains journaux politiques, de la presse économique et de la presse syndicale. Il y a une floraison de journaux et de contenants qui fait que ces années peuvent être considérées comme les plus importantes en termes de création de journaux de toute l’histoire du Sénégal », indique-t-il.
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