El Hadji Elimane Sakho, l’incontestable érudit

La cour du Maître Seydi Hadji Malick Sy a toujours abrité des Saints hommes les plus savants du Sénégal qui ont joué un rôle primordial dans la diffusion de l’enseignement et de la culture arabo-islamiques dans la Sénégambie et en Afrique de l’Ouest. El-Hadji Elimane Sakho, ce natif du Saloum en fait partie, malheureusement il reste pratiquement inconnu.
Il symbolisait la lumière dans la cour du Maître Seydi Hadji Malick Sy. Dans une sphère religieuse assez relevée, El Hadji Elimane Sakho forçait l’admiration et l’estime de ses pairs grâce à son savoir et son esprit d’ouverture. Une passion sans faille l’avait, par ailleurs, rapproché du Maître Seydi Hadji Malick Sy.
Il s’agit d’un lieutenant d’une rare finesse d’esprit et d’une capacité intellectuelle hors norme. El Hadji Elimane Sakho s’était accordé le vœu de servir le Maître Seydi Hadji Malick Sy et avec cette délicatesse qui détermine les grands hommes, il était là à toutes les occasions.
El-Hadji Élimane Sakho est né à Wanâr village situé dans la région de Kaffrine. Son père nommé Diarga Sakho fils de Moussa Sakho et de Taléh Fatim Dramé. Sa mère et celle du fondateur de Diamal Hawa Khady Dramé étaient de même père.
Serigne Élimane Sakho faisait partie du groupe de Talibés qui a accompagné El-Hadji Abdoulaye Cissé lors de ses voyages d’études à Mbacké Cayor et à Saint louis. Sous ce rapport, il était à la fois jeune-frère et disciple de ce dernier. Il a eu une formation scientifique de qualité. El-Hadji Élimane Sakho, a été également à Gossas en tant qu’étudiant. Poursuivant ses études, il se rendit, ensuite, à Pout, chez Serigne Modou Faye, où il fonda une Daara et construisit une zawiya. Ces deux institutions existent jusqu’à nos jours. De Pout, il se rendit au village de Sendou, près de Bargny, chez Serigne Yoro Ndiaye, juriste qui fut connu grâce à son enseignement de la jurisprudence malikite, comme l’a affirmé Thierno Ka dans sa Thèse d’état sur l’école de Ndiaye-Ndiaye Wolof. Ces différents voyages d’études dans les foyers d’enseignement arabo-islamique montrent clairement qu’il était très bien formé scientifiquement.
Lorsqu’El-Hadji Abdoulaye Cissé (Boroom Djaamal) quittait Saint Louis pour aller poursuivre ses études en Mauritanie il avait confié le Talibé Elimane Sakho à son ami Le Maître Seydi Hadji Malick Sy pour le former et l‘encadrer. C’est cela qui est à l’origine des solides relations entre la famille du Maître Seydi Hadji Malick Sy et celle du père d’El-Hadji Ibrahima Sakho. De retour au Saloum, la mère du Serigne Abdoulaye Cissé lui demanda où était son frère Élimane Sakho. Il lui rétorqua qu’il était resté au Sowou (à l’ouest du pays). Car il connaît ce coin tellement que si on voulait le faire revenir au Saloum pour recommencer sa vie, ce serait difficile pour lui, « laisse-le là-bas ; ce qui fait qu’on aura deux maisons de famille, une ici et une là bas. On en tirera beaucoup de profits. »
Dans le cercle du Maître Seydi Hadji Malick Sy, son abnégation et son charisme avait fini par payer. Il devient très vite un des hommes de confiance du Cheikh. Bras droit incontesté, il participait, tout aussi activement, dans les affaires religieuses et jouait un rôle capital dans les négociations socio-politiques. Comme en 1914, lorsqu’il est sollicité par Seydi El Hadji Malick Sy pour servir de médiateur entre les colons et la communauté léboue laquelle ne voulait pas se plier aux dispositions de l’administration quant au traitement de la peste qui avait sévi à Dakar. Il s’était installé par la suite à Ouakam, puis au village de Minam où il construisit une zawiya. Certains de ses grands Talibés et Muqaddams y habitent. Le marabout a été ensuite à Toubâb-Dialaw et à Yène où naquit sa fille aînée, Awa Sakho.
El-Hadji Elimane Sakho se rendit à Somone où il vécut deux ans soutient Souleymane Faye qui vivait avec le marabout dans cette localité.
Encore une fois, à la demande du Maître Seydi Hadji Malick Sy, El Hadji Elimane Sakho, investi entre temps à Ngaparou, fief lébou, y construisit une mosquée et une école pour l’enseignement des sciences Islamiques. Ce qui renforça le rapport de confiance entre l’homme de Ngaparou et le Maître Seydi Hadji Malick Sy. Au sein de la cour du Maître Seydi Hadji Malick Sy, il n’en est que plus considéré, lui, qui a fait du sérieux et de la solennité, des viatiques dans sa vie. L’on raconta d’ailleurs qu’El Hadji Elimane Sakho était un habitué des lieux saints.
Après la saison des pluies, il laissait ses épouses à Ngaparou et prenait tous ses Talibés pour se rendre à Rufisque durant la saison sèche. À l’époque, la maison où il habitait à Rufisque, était en baraque, comme le soutient Gorgui Souleymane Faye. Il y vivait avec son épouse, Sokhna Ngakane Diop. Cela expliquait ses navettes entre Ngaparou et Rufisque. Ce marabout, selon El-Hadji Amadou Lamine Sall, « ne connaissait que le domaine d’enseignement et de l’apprentissage. » Sa Daara comptait beaucoup d’étudiants qui venaient de divers horizons. Le propriétaire de la maison se sentant gêné, se plaignait des Talibés. C’est ainsi que son épouse, Sokhna Ngouye Ndiaye, lui donna la tienne, là où habitait El-Hadji Ibrahima Sakho à Keuri-Kaw. El-Hadji Élimane Sakho fut bien accueilli à Ngaparou et dans les villages environnants, où habitants, notables et dignitaires tels que Saliou Faye, Modou Seck, Mod Ndiaye Mbar, Serigne Thiaw de Nguékokhe entre autres, le considéraient comme leur guide religieux. Cest ainsi qu’il devint l’imam ratib de ce village soutient El-Hadji Amadou Lamine Sall qui connait bien le marabout. Signalons, à ce propos, que ce marabout formateur était à la fois imam à Ngaparou et à Rufisque selon les périodes où il se trouvait dans l’une ou l’autre de ces deux localités. La plus part des Tijânes qui vivaient à Nguékokh, Nguerigne, Ngaparou et Somone étaient des Talibés d’El-Hadji Élimane Sakho.
Quand Serigne Élimane Sakho arriva au quartier Keuri-Kaw de Rufisque, les notables firent appel à lui et lui firent savoir qu’ils voulaient le nommer Cadi. Il leur dit qu’il peut accepter la nomination mais à une condition : être cadi selon la charia, c’est d’appliquer aussi ses lois pénales consistant, comme on le sait, à exécuter l’assassin, à couper la main du voleur etc. Devant cette fermeté, leur projet n’a pas aboutit nous a confirmé Gorgui Souleymane Faye lors d’un entretien réalisé à Ngaparou. Serigne Élimane Sakho devint ainsi l’imam de la mosquée de Keuri- Kaw, qui se situait près de la mer, et dont la première pierre fut posée par le Maître Seydi Hadji Malick Sy. Menacée par les eaux de la mer, cette mosquée fut déplacée et transplantée juste en face de la Sénélec.
Son petit-fils, Qasoum Sakho, assure actuellement l’imamat. Très respecté par tous, El-Hadji Élimane Sakho, fut un marabout qui se conformait strictement à la Sunna. Il y avait à Ngaparou, selon El-Hadji Gaye, un grand Baobab près duquel les personnes âgées du village pratiquaient des libations consacrées aux génies tutélaires du village(Tour), à l’approche de la saison des pluies pour avoir un bon hivernage. Lorsqu‘El-Hadji Élimane Sakho arriva à Ngaparou, il entendit un bruit sous le Baobab et en demanda la cause. On lui expliqua le pourquoi. Il prit une hache et se mit à l’abattre. Le marabout combattit les traditions locales et parvint à faire disparaître beaucoup de pratiques non-islamiques. Il ne se souciait nullement des biens de ce bas monde. Quand il arrivait dans un village, il habitait avec les plus démunis mais les plus pratiquants en religion. Ce Saint homme était de taille moyenne et s’habillait, comme Le Maître Seydi Hadji Malick Sy, d’habits pas trop longs qui ne touchaient pas le sol solon l’affirmation de notre interlocuteur Gourgui Souleymane Faye.
El-Hadji Élimane Sakho s‘est rendu en 1946 en Côte d’Ivoire, chez son cousin, Mamadou Dramé, pour faire venir, au Sénégal, les fils de ce dernier qui lui avait demandé d’éxécuter cette mission.
Car, selon lui, il souhaitait que ses enfants retournent s’installer au Sénégal afin de pouvoir poursuivre l’enseignement arabo-islamique et de recevoir une éducation islamique.. Sa mort Serigne Élimane Sakho décéda le mercredi 07 juillet 1948 à Ngaparou. Informés de la disparition du marabout, les notables de Rufisque envoyèrent une importante délégation à Ngaparou composée entre autres de Vieux Niaw Faye, Sidiya Gueye et Omar Niang. Cette délégation était chargée de négocier avec les responsables moraux de ce village en vue de prendre le corps de ce Serigne Daara pour aller l’inhumer à Rufisque.
Mais devant l’insistance des dignitaires de Ngaparou, selon El-Hadji Amadou Lamine Sall, Serigne Élimane Sakho fut enterré dans ce village. Ce marabout originaire du Saloum fut un homme de Dieu un homme de paix, un enseignant, un éducateur, un imam et un formateur qui a passé toute sa vie dans cette noble mission. L’un de ses fils El-Hadji Ibrahima Sakho a assuré avec succès et efficacité la continuité de la mission d’enseignant, d’éducateur et de formateur que son illustre père a toujours joué dans le Sénégal.

Par Alphahim Mayoro

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