El Hadji Salif Mbengue, le protégé du Maître

El Hadji Salif Mbengue est né en 1864 et décédé en 1959 ; il est originaire de Bokhol, la mère de ce dernier Sokhna Ramata Dial était la « ndeyou Daara » du Maître Seydi Hadji Malick du temps où il étudiait à Bokhol et son père est le grand savant Idrissa Mbengue.
El Hadji Salif Mbengue fait partie des premiers érudits formés par le Maître à l’université de Ndiarndé. El Hadji Salif Mbengue a appris le Coran auprès de son père, puis ce dernier l’emmena à Saint Louis pour étudier les sciences Islamiques. Après son séjour à Saint Louis El Hadji Salif Mbengue s’est rendu en Mauritanie pour compléter sa formation jusqu’à maîtriser l’ensemble des sciences Islamiques en vigueur.
Au moment de prend le wird Tijane, sa mère lui écrit une lettre en lui disant d’aller prendre le Wird auprès du Maître Seydi Hadji Malick à Saint Louis. Lorsque El Hadji Salif Mbengue emmena la lettre auprès du Maître, il trouva ce dernier en train de discuter avec Mulaay Wakil qui est un descendant direct de Sheikh Ahmad Tijani ainsi que El Hadji Baba Ndiongue de Podor et du savant Tafsir Oumar Sall. Lorsque le Maître finit de lire la lettre, il lui dit : « toi et moi partageons la même mère car ta mère m’avait adopté du temps où j’étais à Bokhol en train d’étudier. »
Le Maître demanda à Mulaay Wakil de lui donner le wird; dès qu’il le reçut le mettre lui donna une Ijaza (certification). C’est en 1921 qu’El Hadji Salif Mbengue s’est rendu à la Mecque pour la première fois en compagnie de El Hadji Rawane Ngom. En partant à la Mecque El Hadji Salif emporta avec lui 65 livres d’or uniquement pour acheter des livres et aider les hommes avec qui il partageait la route. En cette année, seul 14 pèlerins avaient quittés le Sénégal pour se rendre à la Mecque. C’est à la Mecque qu’il reçu une Ijaza de Alpha Hachimou Tall cousin direct de El Hadji Oumar Foutiyou Tall. Lors de son deuxième pèlerinage à la Mecque, c’est le fils Cheikh Oumar Al Foutiyou Tall du nom de Bachir Tall qui lui donna une autre Ijaza.
Le Maître Seydi Hadji Malick avait intégralement confiance en El Hadji Salif M’Bengue jusqu’à faire de lui son représentant de Saint Louis à Bakel. El Hadji Salif M’Bengue était venu à l’université de Ndiarndé pour faire sa Taribiya auprès de la Baraka du Maître Seydi Hadji Malick Sy dans le but d’atteindre le niveau des hommes de Dieu.
El Hadji Salif M’Bengue dormais par terre, en laissant ces livres sur son lit. Un jour on lui a demandé pourquoi il n’a pas écrit de Sira (biographie) sur le Prophète Muhammad SAW; il répondis : « À cause de ce que le Maître Seydi Hadji Malick a écrit sur l’histoire du Prophète PSL je n’ose pas écrire dans une telle discipline car le Maître a déjà tout traité. »
Lorsqu’on lui demanda d’écrire sur le Fiqq (jurisprudence); il répondis : « le Maître Seydi Hadji Malick a déjà tout écrit dans ce domaine je vous recommande son ouvrage Kifayatu Raghibin qui est une université et non un livre. » lorsqu’on lui demanda d’écrire sur la Tariqa Tijane : « Il répondis toujours que le Maître a écrit Ifham qui est l’un des livres les plus complets de la Tariqa Tijani. »
Pour gagner sa vie, il a opté pour le commerce où il eut un grand succès : il était un des rares traitants de l’époque à disposer de 3 bateaux (appelés « Taara »). Ces bateaux, qui portaient respectivement le nom de ses 3 épouses (Aïssatou Name, Marie Ma Dièye et Fatou Ndiaye Adama) sillonnaient le fleuve Sénégal pour convoyer diverses marchandises. Les capitaines de ces bateaux avaient reçu comme consigne d’embarquer gratuitement les walo walo qui voulaient se rendre à Saint-Louis où El Hadj Salif les accueillait chez lui, sans discrimination. Sa première boutique était sise face au lycée Cheikh Oumar Foutiyou TALL (actuel Rogna).
Le Maître Serigne Babacar Sy n’hésita pas à renvoyer un riche traitant venu du Fouta avec un camion chargé de mil à titre d’ « Adiya ». Seydi Babacar, après avoir constaté qu’il n’avait pas fait escale à Saint-Louis, lui demanda de retourner et livrer la cargaison à El Hadj Salif. Les villages de Dielle Mbam, Keur Barka et Doune Baba Dièye avaient reçu de Khalifa Ababacar Sy cette consigne : Si vous avez besoin de moi, inutile de venir à Tivaouane. Allez voir El Hadj Salif Mbengue : ce qu’il vous recommandera, considéez que c’est Khalifa qui vous le recommande ; ce que vous voulez donner à Khalifa, remettez-le lui.
El Hadji Salif M’Bengue fût le premier Imam Ratib de la mosquée Mao Sylla qui est la deuxième mosquée de Saint Louis à cause de sa probité et de ses connaissances Islamiques. El Hadji Salif M’Bengue faisait sa Hadaratul Jummah tous les vendredis dans la Zawiya du Maître. C’est d’ailleurs làbas que l’a observé un jour El Hadji Abdoulaye Sow Dagana qui dit à celui qui était à côté de lui : « El Hadji Salif M’Bengue est venu dire au revoir au Maître. » lorsqu’on lui demanda le pourquoi il répondis : « Il n’a plus d’ombre et ces pieds ne touchent plus le sol. » c’est le vendredi suivant ce jour que El Hadji Salif M’Bengue est parti rejoindre son Seigneur et Créateur. Le Maître Serigne Babacar Sy et El’Hadji Abdoulaye Sow Dagana ont écrit des poèmes en son honneur. Serigne Babacar Sy avait confiait le patrimoine du Maître Seydi Hadji Malick Sy à El Hadji Salif Mbengue.
L’on raconte qu’au décès de El Hadji Baba Ndiongue, le Maître Serigne Babacar Sy envoya une riche délégation composée de Serigne Alioune Guèye, Serigne Seybatou Fall et d’autres Muqqadams à qui il a demandé d’aller récupérer El Hadji Salif avant d’aller à la levée du corps. Ce jour là El Hadji Salif Mbengue avait perdu un fils, et c’est lui qui faisait la toilette mortuaire; à la vue des émissaires envoyés par le Maître Serigne Babacar Sy il décide dare dare de les accompagner en laissant derrière lui son manteau et son bâton qu’un de ses talibés lui apporta en cours de route. À son retour lorsqu’on lui demanda le pourquoi de son acte , il répondit que les besoins du Maître Serigne Babacar Sy sont plus urgents que la mort de mon propre fils.
Quant à ses relations avec ses contemporains celles qui le liaient à El Hadji Rawane NGOM étaient vraiment empreintes d’une grande cordialité. Ils étaient des amis intimes. Pour preuve, le tombeau d’El Hadji Salif se trouve dans l’enceinte même de la mosquée construite par El Hadji Rawane NGOM au quartier Léona dans le faubourg de Sor dont il fut le premier Imam. Il a fallu, au préalable, qu’El Hadji Rawane accompagne El Hadji Salif jusqu’à Bokhol, pour solliciter l’autorisation de ses proches.
El Hadji Salif MBENGUE rendit l’âme le dernier vendredi de ramadan de l’année 1959 dans des circonstances qui méritent d’être rapportées : c’était un peu avant la prière d’Asr ; El Hadji Salif disait à son entourage qu’il attendait Serigne Babacar qui avait promis de venir à ses funérailles. Or, nous savons que Khalifa n’était plus de ce monde. Tout le monde était perplexe et, à cet instant, Serigne Mansour Sy (l’actuel Khalife) arriva et on le laissa seul avec El Hadji Salif qui rendit l’âme moins d’un quart d’heure après. Serigne Mansour informa alors l’assistance que son père Khalifa lui était apparu (en vision diurne) et lui avait demandé de se rendre auprès d’El Hadji Salif Mbengue toutes affaires cessantes.

Par Alphahim Mayoro

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