Idrissa Seck libéré en demi-finale au Sénégal

Coïncidence ? Au moment où Idrissa Seck, ancien Premier ministre sénégalais, quittait Reubeuss, la prison centrale de Dakar, la télévision entamait la retransmission en direct de la demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) opposant le Sénégal à l’Egypte. Un match évidemment très suivi qui s’est soldé par la victoire des Egyptiens. Après sept mois de détention, Idrissa Seck a été blanchi des accusations d’«atteintes à la sûreté de l’Etat et à la défense nationale» fin janvier, à la suite d’un non-lieu partiel rendu par la commission d’instruction de la Haute Cour de justice. Nombreuse, la foule aurait été plus dense encore pour accueillir celui que ses partisans surnomment affectueusement «Idy», n’était la demi-finale de la Coupe d’Afrique… Malick Ndiaye, sociologue et président du Cercle des intellectuels du Sénégal, juge ce télescopage entre le judiciaire et le sport «navrant pour l’image du pays».

Au lendemain de cette libération, nombre de Sénégalais restent perplexes. On présentait dans les allées du pouvoir l’ancien Premier ministre comme l’ennemi public numéro un, le voici désormais libre. La crédibilité des institutions a été atteinte par ce qu’un journal de la place qualifie de «vaudeville qui a connu un dénouement en queue de poisson». «On l’a emprisonné pour dissimuler la vérité, ajoute Malick Ndiaye. Mais elle finira par sortir dans les urnes.»

Feuilleton judiciaire. Peut-être, mais plus tard que prévu. En décembre dernier, à l’instigation du régime, le mandat des députés a été prolongé d’un an. Les élections législatives se dérouleront finalement en même temps que la présidentielle, en 2007, officiellement pour faire des économies. L’opposition n’a guère été convaincue par cet argument. Ceci dit, une année supplémentaire ne sera sans doute pas de trop pour remettre de l’ordre au sein du parti au pouvoir, le Parti démocratique sénégalais (PDS), fortement ébranlé par le feuilleton judiciaire «Idrissa Seck». Une saga qui, dans les milieux diplomatiques, avait même fait craindre une déstabilisation du pays.

Celui qui a longtemps été considéré comme le fils spirituel du président sénégalais Abdoulaye Wade, élu en 2000, s’est bien gardé, à sa sortie de prison, de préciser s’il rejoindrait les rangs du PDS duquel il a été exclu en août 2005. Au sein du mouvement présidentiel, rien ne va plus : des députés présentés proches d’«Idy» qui claquent la porte, avant de se raviser, des ministres pris à partie dans plusieurs localités, notamment à Thiès, le fief d’Idrissa Seck… Des affrontements avaient même éclaté dans les rues de Dakar et à Thiès lors de son arrestation. Des proches de l’ancien Premier ministre ont aussi été placés en garde à vue, et même en détention, comme Salif Ba, l’ex-ministre du Patrimoine et de l’Habitat.

Complicité. Mais en définitive, l’ancien dauphin d’Abdoulaye Wade, qui un temps avait menacé de tout déballer sur le régime, n’en a rien fait. Va-t-il rentrer dans le rang ? Le politologue Babacar Justin Ndiaye en est convaincu. Pourtant, dit-il, «il est certain que la complicité entre les deux hommes a été pulvérisée (par cette affaire)».

Après avoir regagné son domicile, Idrissa Seck s’est voulu rassurant, déclarant que rien ne ferait obstacle à son ambition et à sa «volonté de servir le Sénégal».

Source : liberation

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