Serigne Alphahima Thiombane a islamisé à lui tout seul toute la zone du Ndutt en pays Sereer.
Tout a commencé dans le Ndutt, un territoire sérère au sein du royaume wolof du Cayor délimité à l’Est par le village de Pambal, à l’Ouest par Diender, au Nord par le village de Ségueul Thioune et au Sud par la Commune de Thiès; aujourd’hui la commune porte le nom de « Notto Gouye Diama ».
Serigne Alpha Thiombane est la figure religieuse seréer la plus emblématique. C’est un Saint Homme, un soldat infatigable de l’Islam, une providence pour les Ndút, qu’il a sortis des ténèbres de l’ignorance car telle était sa mission divine. Lui, être hors du commun des mortels, est donc le héros qui peut forger le destin de ces compatriotes. Serigne Alphahima Thiombane, fils de Moussa Mboré originaire de Dagua et de Boury Ndiaye naquit vers 1898 à Sambay Karang, village situé dans la partie septentrionale du Ndút. Serigne Alpha Thiombane est issu d’une famille très attachée à la religion du terroir, malgré l’influence du Christianisme à l’époque.
Avant sa venue au monde à la fin des années 1890, un disciple et Mukhadam du Maître Seydi Hadji Malick Sy du nom de Gorgui Sangoné MBAYE du village wolof de Ségueul Thioune (non loin de Notto Gouye Diama) qui donnait la zakat et de la viande de Tabaski à Mame Boury qui était encore enceinte de celui qui ira porter la communauté ndutt et du Palor à bout de bras. Ce geste du sage de Ségueul était vu d’un mauvais œil par les païens et par les musulmans des bourgades wolofs environnantes. Les spéculations et commérages allaient bon train, alors même que serigne Sangoné Mbaye savait que la lumière de la contrée allait naître dans cette demeure de Mame Boury. Malheureusement, pour les diffamateurs, Allah (Soubhanahou wa taala) avait déjà soufflé à cet érudit wolof qu’un « hôte sain d’esprit saint » naîtra de cette femme ndoutt. Ce fut ce vieux sage qui inculquera les premiers versets du Coran à Serigne Alphahima Thiombane. Des contemporains de ce dernier nous révèlent qu’étant très jeune, le jeune Youga (Alphahima) laissait ses amis au pâturage pour se rendre dans le village de Ségueul Thioune pour se former auprès de celui qui l’eut annoncé à la face du monde. Mais après chaque cours, il dissimulait son « allouwa » (tablette en bois) dans les arbustes. Ce lieu où il gardait soigneusement son « allouwa » abrite aujourd’hui la grande mosquée de Darou Alpha, village qu’il a fondé.
Il a fréquenté la célèbre Université islamique de Pire où il est distingué par son intelligence et ses dons en mémorisation et en compréhension des versets du Coran. Son courage, sa sagesse, sa pondération, sa vivacité d’esprit faisaient de lui un étudiant admiré et respecté par ses condisciples tout comme par ses maitres.
Serigne Alphahima passa son enfance, à l’instar des jeunes de son âge, entre les travaux champêtres et la conduite du troupeau au pâturage. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une conduite du bétail avec ses frères de bergerie qu’une couche très mystérieuse de couleur blanche très lumineuse descendit du ciel et l’enveloppa. Ce fut la réception de la wilaya par le fils de non-musulmans. Ce fut également le commencement d’un rude acharnement d’un peuple, animiste jusqu’à la moelle épinière, sur un élu d’Allah. Le Ndoutt conservateur, sourd à l’appel de celui qui osa défier l’ordre établi, ne pouvait croire à l’existence d’un intermédiaire entre les hommes et Koopé (Dieu) outre que les « khama » (idoles). Une chose est sûre : les Ndoutts croyaient en Dieu mais à travers des objets. Le terme « Thiatch Koopé » (Seigneur Dieu) en dit très long.
Après avoir terminé l’étude des sciences Islamiques, le jeune Serigne Alpha retourne auprès de sa mère alors qu’il venait de perdre son père. Mais il n’appréciait guère l’atmosphère au village où les populations continuaient à s’adonner à l’alcool dont la consommation est condamnée par l’Islam. Aussi, s’isole-t-il, avec ses premiers adeptes (des membres de sa famille et de sa classe d’âge où moroom) dans un hameau non loin de Kassa, c’est l’actuel village de Faam Alfa qui abrite le gamou annuel. Il rencontra le Maître Seydi Hadji Malick Sy a une époque où il maîtrisait l’ensemble des sciences Islamiques. Le Maître Seydi Hadji Malick a vu le degré de lumière de Serigne Alphahima Thiombane avant même de le rencontrer. Le Maître a demandé à son disciple Serigne Sangoné Mbaye de lui amener cet enfant prodige.
Lorsque Serigne Sangoné Mbaye demanda à Serigne Alphahima Thiombane de venir rencontrer le Maître Seydi Hadji Malick Sy, il lui dit simplement d’aller apporter des graines en guise de semences au Maître.
En arrivant chez le Maître Seydi Hadji Malick, Mame Alpha fût retenu par le Maître. Ensuite le Maître Seydi Hadji Malick fait venir le Maître Serigne Babacar Sy pour le mettre directement en relation avec Serigne Alphahima Thiombane.
Le Maître Seydi Hadji Malick lui a remis le Wird Tijane avant de l’envoyer répandre l’Islam et la Tariqa Tijane dans sa contrée et c’est le Maître Serigne Babacar qui lui remis une Ijaza Itlaakh (certification).
Devenu Muhadam du Maître Seydi Hadji Malick Sy, il étendit davantage son mouvement de conversion dans les autres villages Ndút. Malgré les nombreuses exactions dont il a été victime, son Islam finit par supplanter l’action des prêtres blancs qui l’ont précédé. Aussi Serigne Alpha Thiombane assure à ses compatriotes la protection contre les exactions sur les impôts et corvées des représentants locaux de l’administration coloniale, particulièrement le chef de Canton Massamba Sall. Voilà ce qui accroit l’audience du Cheikh auprès de l’administration et des familles maraboutiques et son fief Darou Alpha est devenu un grand centre religieux même lorsqu’il s’est éteint le Mardi 25 Janvier 1975.
Le village de Darou Alpha qui accueille le Gamou de Faam Alfa, pour certains, est crée en 1922 par le Serigne Alphahima Thiombane, le Messie Ndút.Toutefois, selon Thomas Gana Diouf Serigne Alphahima Thiombane, s’inspirant, peu après son retour de Saint-Louis, fonda le village de Darou Alfa en 1924, et lui donna l’aspect d’un village wolof. En témoigne le choix du nom « Darou » qui a été donné à d’innombrables villages wolof du Sénégal à l’époque de l’essor de la Confrérie Tidjane (fin du XIXè siècle), signifie clairement le désir de constituer un centre islamique fervent.
Avant l’actuel site, le village s’est déplacé plusieurs fois de suite en passant par Ndiassère, Keur Baye Gor et Ndiénew en raison des épidémies de peste, mais aussi à cause des persécutions dont étaient victimes les premiers convertis à l’Islam. Serigne Alphahima Thiombane avait comme motivation de regrouper les musulmans autour de lui, d’enseigner les préceptes de l’Islam tout en exploitant la terre. Parmi les premiers qui l’ont rejoint, on peut citer: Ali Ciss, Lamine Faye, Moussa Sarr, Daouda Mbengue, Oumar Diouf, Tahir Faye, la liste est loin d’être exhaustive. Alors le premier Gamou de Darou Alpha remonterait à 1929, la construction de la grande mosquée de la localité à 1933.
Serigne Mamadou DOUDOU Thiombane est l’actuel Khalif des Ndút Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce village, Darou Alfa est bien situé sur l’axe Thiès Notto en passant par Tivigne Tanghor, chef-lieu de la Communauté rurale de Mont-Rolland.
Tous les marabouts qui eurent foulé le sol ndoutt, pour les besoins de l’islamisation de ces « ceedo » sérères, eurent répété le même bout de phrase comme s’ils se furent passés le mot : « fii dey pakhoum kouy leu » (ici -Ndoutt- c’est la propriété du bélier de l’islam (Alpha THIOMBANE) celui qui portera très haut le flambeau de la bannière de l’islam dans cette partie du Sénégal où les esprits refusèrent tout ce qui leur fut exotique. Ces colporteurs du message de Mohamed (PSL) continuaient leur chemin sans se donner la peine de faire entrer ces sérères dans la nouvelle religion.
L’enfant qui était attendu naquit et illumina tout le territoire ndoutt. Ecce homo Alphahima ! C’est l’envoyé de Dieu (le mot envoyé n’est pas de trop s’il vous plaît) dans cette partie du Cayor où l’idolâtrie et les bacchanales avaient fini de gangrener les hommes et les femmes.
Cependant, à l’image du compagnon et cousin du Prophète Mohamed (PSL), Imam Alioune Abatalib qui fut le 4ème khalif du Sceau des prophètes, Apha Youga THIOMBANE n’a jamais eu à pratiquer l’idolâtrie. Contrairement à ce qui est avancé par Charles BECKER, l’élu de Dieu, Cheikhal Alpha, bien que né non-musulman ne s’est jamais, par la grâce divine, approchée d’un quelconque objet pouvant le rapprocher de « Thiatch Koopé » autre que le Saint-Coran à lui réservé par la lignée de sa mère : les « Féén ». De ce fait, il ne saurait être accepté l’idée selon laquelle ce digne héritier du Prophète Mohamed aurait fait deux (02) années de catéchisme.
Qu’importe leurs réactions des uns et des autres, Allah délégua au peuple ndoutt un « toubib » pour soigner la maladie de l’ignorance dont il souffrait. La difficile mission d’éloigner ses proches de ces associés à Dieu que sont les « khama » fut réussie. Ainsi, lui qui n’eut jamais répondu à l’appel des sirènes païennes, arriva à remplacer le vin par le lait, le « galakh » (vin de mil tant prisé par les sérères) ; l’appel du « Aani yéssé » (tam-tam paën) par la voix du muezzin. Le défi du « pied du prophète (PSL), mon pied » fut relevé, donc y a de quoi lui attribuer le titre de « l’héritier du Prophète (PSL) ».
Entre autres exemples, ce qui prouve que le fils de Moussé et de Boury est un « waliyou kaamil », c’est, quand tout-petit, il surprit sa tribu en leur réclamant son Saint-Coran. « Quel livre coranique ? » se demandèrent ses proches. « L’objet que vous gardez dans vos bagages et que vous prenez pour idole ! », répondirent-ils.
Finalement, la famille se rendit à l’évidence que ce joli petit « objet » sacré, soigneusement entretenu depuis des années, lui était destiné. Lequel livre saint ramassé au cours d’un des déplacements de sa lignée maternelle était utilisé lors des funérailles d’un des leurs. Ce Coran dont l’illustre gardien était le doyen de la lignée des « Déén » (lignée maternelle de serigne Alphahima THIOMBANE) servait à être posé juste à la partie du cœur du mort avant son enterrement. L’intrusion de cet « objet » renfermant le message d’Allah dans ce pays païen est une chance pour les Ndoutt. Ce livre qu’Alpha aimait par-dessus tout explique pourquoi le vénéré Cheikhal Serigne Alphahima THIOMBANE n’a pas voulu laisser d’écrits à la postérité. Et à ce propos, il disait à qui voulait l’entendre, que ces paroles d’Allah couchées sur du papier (le Saint Coran) ont clos le débat sur la régularisation de la société humaine. La Salatoul fatihi destinée à Cheikh Ahmed Tidiane Chérif Abboul Abbass lui suffit amplement pour prier sur le Prophète (PSL) ; et le Khilassou zahab du Maître Seydi Hadji Malick SY vient à juste titre pour faire connaître dans les détails, le Meilleur des hommes. Alors, pour lui, toute entreprise d’écriture serait superflue du moment que le triptyque « Al Kour’Âne, Salatoul Fatihi et Khilassou Zahab » peut étancher la soif de l’humanité.
Dans le même ordre d’idées, il disait avec forte conviction que nul message ne sera jamais plus limpide et cognitif que le Saint-Coran. Beaucoup d’écrits vont prêter à confusion dans ce monde musulman où tous les croyants devaient tirer dans le même sens.
L’histoire lui a donné raison. En effet, il suffit de se pencher sur l’exercice des « athlètes de l’écrit » pour se faire une nette religion de l’amalgame qu’ils ont semé dans la tête des uns et des autres. Beaucoup de ces écrivains n’ont pas cessé de dire : « c’est moi ! C’est moi ! », jusqu’au jour où ils se sont rendu compte que véritablement c’est pas eux, c’est l’autre (Mohamed –PSL-).
Aujourd’hui une vraie pagaille espagnole s’est emparée d’un islam semblable à une jolie jeune fille maquillée et fardée qui ne se reconnaît plus devant le miroir et qui cherche à tout prix à être débarbouillée.
Franchement, cela ne fait l’ombre d’aucun doute, la seule alternative pour une cohabitation pacifique dans ce village planétaire corrompu, où les habitants se regardent en chiens de faïence, passera inévitablement par la (re)visite des enseignements pratiques d’El Hadji Alpha THIOMBANE qui a eu à fédérer l’ensemble des composantes ethniques et confessionnelles existantes dans son territoire. De nos jours, musulmans et chrétiens entre autres sérères, wolofs et peulhs, vivent en parfaite harmonie grâce au fils de Bourry qui se trouve être l’alfa et l’oméga dans l’incarnation du personnage de l’Imamoul Moursaline, Seydina Mouhamed (PSL).
A l’heure où sociologues, psychologues, juristes, islamologues, marabouts et d’autres voix autorisées de la Oumma islamique se tirent les cheveux pour une solution définitive à l’extrémisme religieux, la voie « thiombaniste » s’avère tout à fait indiquée pour une paix durable dans ce monde où tout un chacun est déjà prêt à creuser sa propre tombe en attendant son rappel au Créateur et Maître de l’Univers.
Par Alphahim Mayoro




