Si le football est incontestablement sport roi au Sénégal et partout dans le monde, la lutte sénégalaise peut se targuer d’être une discipline qui, combinant compétition et culture, fait l’unanimité des Sénégalais et commence à attirer des milliers d’adeptes.
Jadis un sport traditionnel chez les villageois, qui y trouvaient moyen de jubiler après une récolte abondante, la discipline s’est métamorphosée aujourd’hui et a réussi à drainer des sponsors et des lutteurs qui encaissent des sommes faramineuses.
Tout un business est né ainsi de ce sport qui fait la fierté des Sénégalais, qui, chaque fois qu’un combat alléchant est retransmis en TV, se massent devant les petits écrans, notamment aux cafés, pour suivre ces duels et soutenir leur lutteur préféré, dans un décor qui n’a rien à envier aux grands matchs de football.
Et pour accompagner la forte demande en informations relatives à ce sport, des émissions spécialisées, sites et journaux électroniques ont fleuri ces dernières années au Sénégal, vu l’engouement que suscite ce sport et sa popularité croissante.
Sport de contact, la lutte sénégalaise intègre en plus la boxe d’où l’appellation de “lutte avec frappe”. Le lutteur peut à la fois donner des coups et recourir au corps à corps pour terrasser son adversaire.
Regroupés en écuries et adhérant à la fédération (Comité national de gestion de la lutte communément appelé CNGL) qui est l’organe de gestion de ce sport, les lutteurs encaissent des cachets qui s’élèvent à des dizaines de millions de FCFA.
Une discipline popularisée
“La lutte est un sport traditionnel qui existe depuis la nuit des temps et qui s’est incrusté dans les valeurs culturelles du Sénégal. Il s’agit bien entendu de la lutte sans frappe dont nul ne peut fixer les origines mais qui intéresse tous les Sénégalais quelle que soit leur ethnie car on lutte partout au Sénégal”, a confié à la MAP, le vice-président du CNGL, Thierno Ka.
“La lutte avec frappe est apparue dans les années 1940 et a favorisé l’apparition des médias et du sponsoring avec, comme conséquence, l’arrivée de bailleurs qui étaient beaucoup plus intéressés par les aspects commerciaux pour une meilleure visibilité de leurs produits ou activités”, a-t-il précisé.
Décidément, la lutte a acquis ses lettres de noblesse à la faveur d’une génération de lutteurs qui sont devenus de véritables icônes et qui ont contribué à donner à ce sport tout son charme actuel.
Il s’agit, entre autres, de Falaye Baldé, Double Less, Mbaye Gueye, Manga 2, Yékini…, qui se sont illustrés au firmament de ce sport au niveau continental.
L’avènement de lutteurs de gros calibre a permis à la lutte sénégalaise de se professionnaliser et d’atteindre un public plus large ©DR
Des lutteurs peu présents dans l’arène internationale
C’est avec l’avènement de lutteurs de ce calibre que ce sport a pris son envol pour devenir une discipline professionnelle avec des rémunérations de millions de francs, un business qui prospère et un public de plus en plus nombreux.
D’ailleurs, le palmarès du CNGL est riche en consécrations et titres qui font l’honneur du pays.
Or, qu’est ce qui freine la lutte au Sénégal de prétendre à des médailles, notamment aux championnats du monde et aux JO?
Pour Oumar Ba, ancien journaliste sportif au quotidien à grand tirage Le Soleil, “bien que la lutte sénégalaise (lutte avec frappe) ne soit pas une discipline olympique, le Sénégal participe néanmoins aux Jeux Olympiques et aux championnats du monde, en s’appuyant sur la lutte traditionnelle (sans frappe) qui est différente de la lutte olympique (gréco-romaine et libre)”.
Et de noter que “certains représentants sénégalais aux Jeux Olympiques arrivent quand même à tirer leur épingle du jeu”.
“Les grands champions de l’arène sénégalaise préfèrent s’adonner à la lutte avec frappe qui leur offre de gros cachets (plus de 50 millions de FCFA (environ 76.000 euros) lors d’un seul combat)”, a fait savoir ce journaliste chevronné qui a couvert, des années durant, des combats de lutte sénégalaise.
Le CNGL, qui fait office de fédération, a mis en place une structure qui s’occupe de la lutte olympique, mais ne dispose pas de techniciens et entraîneurs bien formés pour encadrer les jeunes qui veulent faire carrière dans cette discipline sportive, fait remarquer M. Ba
Puisant dans le bas-fond de la culture sénégalaise, ce sport continue à garder toute sa charge emblématique avec les différents rituels qui précèdent et accompagnent les combats.
Loin d’être un simple folklore, ce sport incarne certes un héritage bien vivant des ancêtres, que les générations montantes tentent de sauvegarder, enrichir et faire rayonner sur la scène internationale.
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