LA LONGUE MARCHE DE LA MAIRIE.
Depuis 1896 déjà, existait le Cercle administratif de Louga où le premier Commandant est arrivé en 1900. C’est précisément en 1904 que la Commune de Louga a été créée de manière formelle pour des raisons liées au développement fulgurant du Marbath et du nouveau marché. Comme il n y’avait aucune structure chargée de collecter cette manne financière en provenance du Marbath et des commerces autour du marché, l’administration coloniale a érigé le Cercle de Louga en Commune. Le Commandant de Cercle en personne était investi de la charge d’administrateur-maire. Le droit de vote n’étant pas encore acquis pour tous les sénégalais, le Conseil municipal n’était pas encore élu. Seuls les habitants des quatre Communes de plein exercice, en l’occurrence Saint-Louis, Rufisque, Dakar et Gorée, avaient le droit de choisir leurs représentants.
Le Marbath était un point d’eau destiné au repos des nombreux troupeaux de bétail et des hommes qui les conduisaient vers Dakar et d’autres grandes villes du pays. Cet important cheptel qui transitait par Louga venait de Mauritanie et du Djolof. Autour de ce point d’eau, s’étaient créées de nouvelles activités économiques avec l’existence de gargotes pour la restauration des nombreux voyageurs qui passaient par là. Des boutiques de fortune y avaient vu le jour. Un nouveau marché autour duquel des commerçants européens s’étaient installés venait aussi d’être réalisé par l’administration coloniale. D’où la nécessité de recueillir les impôts, les taxes et les patentes.
« Le droit de vote n’était pas étendu au reste du Sénégal. Il était seulement reconnu aux habitants des quatre Communes de plein exercice. En plus de son titre d’administrateur-maire, le Commandant de Cercle était aussi le juge. Et c’est à lui que revenait la prérogative de choisir ses collaborateurs parmi les autorités coutumières, les fonctionnaires et les opérateurs économiques. Ce cocktail formait le Conseil municipal qui n’avait cependant qu’une voix consultative », renseignait Feu Khatary Fall, enseignant retraité et considéré durant les dernières années de sa vie comme la mémoire de Louga.
LES BALBUTIEMENTS
En 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale, les dirigeants africains, compte tenu du tribut très lourd que l’Afrique a payé pendant les hostilités, demandaient que la France leur accordât un peu plus d’autonomie. C’est ainsi que Lamine Guèye, soutenu par la SFIO de l’époque Guy Mollet et Gaston Defferre, déposait un projet de loi demandant à étendre le droit de vote à l’ensemble des colonies. Cette loi adoptée, le droit de vote fut ainsi reconnu à tous les ressortissants des colonies françaises. Les concitoyens n’ayant jusqu’ici pas le droit de voter ont pu ainsi bénéficier de ce droit en 1946. Mais, c’est précisément le 17 juin 1951 qu’ils ont dû l’exercer pleinement à l’occasion des élections législatives. Lamine Guèye, qui avait ramené Senghor au pays et présenté aux autorités religieuses, coutumières, aux grands hommes d’affaires, devait former avec lui un ticket pour représenter le Sénégal comme députés à l’assemblée nationale française. Mais, avant que cela ne se fasse, il y a eu une cassure entre les deux en 1948, et chacun est parti de son côté.La même année, Senghor a créé son Parti, le BDS (Bloc démocratique sénégalais). Il trouvait son colistier en la personne de Abasse Guèye, et démarchait les grands marabouts, les grandes autorités coutumières, et surtout le peuple profond. Quant à Lamine Guèye, il avait trouvé comme partenaire François Salzmane. Senghor rafla facilement la mise. Le 3 mars 1952, il y’eût des élections cantonales, et le Cercle de Louga fut représenté par N’dakhté Gaye et Moustapha Cissé, élus sur la liste du BDS de Senghor pour l’assemblée coloniale à Saint-Louis. A l’époque, le Cercle de Louga correspondait à peu près à l’actuelle région de Louga. Louga était le chef-lieu de Cercle, Kébémer et Linguère des subdivisions.
Les africains demandant toujours plus d’autonomie, il y a eu par la suite la Loi-cadre ayant permis à chaque colonie française d’avoir son propre gouvernement sous la coupe du Gouverneur qui en était le Président. Le gouvernement du Sénégal fut ainsi formé par Mamadou Dia qui avait un statut de vice-président. En 1956, la Loi Gaston Deferre vînt créer de nouvelles Communes de plein exercice parmi lesquelles Louga. Il s’agissait d’anciennes Communes mixtes érigées en Communes de plein exercice parce que les gens y avaient acquis le droit de vote et pouvaient désormais élire le Conseil municipal.
1956, LES PREMIÈRES « VRAIES » ÉLECTIONS MUNICIPALES
Au moment où le Conseil municipal de Louga devait être élu en 1956, la SFIO avait investi ses candidats sans problème avec Oumar Diagne Syr à leur tête. Le BDS proposait André Guillabert. Un choix qui n’avait pas l’heur de plaire à une frange des militants, surtout les plus jeunes, motivés, semble- t- il, par le fait qu’il ne soit pas de Louga, mais de Saint- Louis. « Cela avait engendré beaucoup de problèmes. Le BDS ne voulant pas cautionner une première dissidence, envoyait une délégation chargée de jouer aux sapeurs-pompiers. Mais, n’ayant pas été possible d’arrondir les angles, Mamadou Dia lui-même avait fini par descendre à Louga, tentant le tout pour dissuader les dissidents, mais sans convaincre. Devant cet état de fait, il suggérait d’enlever André Guillabert pour le remplacer par Moustapha Cissé. Là également il n’ y a pas eu de consensus. Il y eut alors un blocage à l’issue duquel certains créèrent leur propre liste dénommée le Bloc Démocratique du Ndiambour (BDD). Il y eut alors une triangulaire pour les vingt-sept sièges à pourvoir. Le BDS de Senghor en avait pris douze. Le BDD dix, et la SFIO cinq. Les deux dernières formations s’étant coalisées pour capitaliser quinze sièges, Momar Gaye Diop dit Talla devenait Maire. Oumar Diagne Syr, conduisant la liste du BDS, devenait son premier adjoint », détaillait encore Khatary Fall. Sauf que le BDS, Parti au pouvoir, ne l’entendant pas de cette oreille, et comptait alors barrer la route à Momar Gaye Diop dit Talla présenté comme un irrédentiste, un empêcheur de tourner en rond. Il y eut des manœuvres politiques pour le destituer. Ce qui pût aboutir grâce à des évènements extra territoriaux qui se déroulèrent à Paris. « Il allait y avoir un évènement à Paris en 1958, qui devait avoir une incidence considérable sur la Commune de Louga. Les grands Partis africains de langue française se sont réunis à Paris où ils ont créé un super Parti pour l’Afrique française et demandé aux autres petits Partis de fusionner entre eux pour avoir plus de représentativité et de force pour lutter. C’est au retour de cette rencontre de Paris que le BDS a pris le nom de BPS (Bloc Populaire du Sénégal). Entre temps, il y a eu un début de rapprochement entre le BDS de Senghor et la SFIO de Lamine Guèye. Ils ont pu finalement fusionner au cours de cette même année pour donner naissance à l’UPS (Union Progressiste du Sénégal). Ce qui ne manquait pas de conséquence pour la Mairie. La SFIO ayant renoué avec le BDS, les cinq conseillers qui avaient soutenu Momar Gaye Diop se étaient obligés de le lâcher. Le Conseil municipal fut alors dissout et une Délégation Spéciale installée pour le remplacer. Mamadou Dia avait fait venir Alioune Tall, originaire de Kébémer et enseignant à Sakal, qui était muté à la tête de l’Ecole 1, pour aussi lui permettre d’être à proximité de la Mairie où il venait d’être nommé comme Président de la Délégation Spéciale », expliquait toujours Khatary Fall.
UNE INFLATION DE DELEGATIONS SPECIALES
Momar Gaye Diop, qui n’avait plus de soutien au niveau de la SFIO et du BDS, allait militer aux côtés de Gabriel D’Arboussier qui était au Rassemblement Démocratique Africain (RDA) en vue de préparer les élections municipales devant marquer la fin de la Délégation Spéciale. Elles ont eu lieu en 1958 et se sont déroulées dans une atmosphère très lourde. La violence s’était invitée dans le champ politique avec la forte présence de nervis alors appelés « Comités d’action » au niveau des deux camps antagonistes. Des violences inouïes qui avaient enregistré la mort de trois hommes. Il avait fallu des renforts de l’armée et de la cavalerie pour que le scrutin puisse se dérouler normalement. A l’issue du vote, André Guillabert fut élu Maire de Louga. Il le restera d’août 1958 à février 1966, avant de passer le témoin à Moustapha Cissé. Celui-ci dirigea la Commune jusqu’en octobre 1969. Pour prendre le relais, une deuxième Délégation Spéciale dirigée cette fois par le Préfet Latyr Ndiaye. A la suite des élections qui s’en suivirent, Alassane Camara fut élu Maire à la place d’Abdou Diouf qui, devenu Premier Ministre, décidait de lui céder le poste. Celui-là aussi sera victime d’une dissolution du Conseil municipal, remplacé par une troisième Délégation spéciale dirigée par le Préfet Bécaye Diakhaté. Ce fut ensuite autour de Mansour Bouna Ndiaye élu en février 1976 et dont le Conseil municipal fut dissout le 1er juillet 1980. La quatrième Délégation Spéciale avait aux manettes le Préfet Ibrahima Koné. Suivront ensuite Daby Diagne (1982- 1996), Aminata Mbengue Ndiaye qui, elle, verra aussi son Conseil municipal dissout en 2002 à l’instar de toutes les Communes du Sénégal par le Président Abdoulaye Wade. La cinquième Délégation Spéciale chargée de diriger la Mairie fut confiée à Mar Bâ, chef du service de l’Urbanisme, et Amadou Sall Ndao, un pharmacien. Maniang Faye devenait le successeur élu d’Aminata Mbengue Ndiaye jusqu’en 2009, grâce à une prolongation du mandat des Conseillers municipaux. A sa suite, revenait Aminata Mbengue jusqu’en juin 2014, année de l’élection de l’actuel édile de la ville, Moustapha Diop. Au total, entre élections mouvementées et Délégations Spéciales, notre bonne ville est entrain de poursuivre son petit bonhomme de chemin et s’achemine, après chaque élection d’un Conseil municipal, vers sa lente modernisation.




