Mansour Sy, 62 ans, est le nouveau ministre le nouveau ministre de la Fonction publique des Organisations syndicales et des relations avec les institutions. Membre du Parti de l’indépendance et du travail (Pit/Sénégal), il a trimé dur, sué à grosses gouttes pour rattraper le fil d’un destin qui a souvent pris des chemins de travers.
Mansour Sy, c’est comme Rachid Taxi. Le chansonnier banlieusard de Grand corps malade. Il a un regard particulier qui crée du lien. Un regard de tendresse, des rêves. Un regard sur la vie, un avis sur le monde et du monde dans sa vie. A 62 ans, le nouveau ministre de la Fonction publique des Organisations syndicales et des relations avec les institutions est un vieux briscard tenaillé par quelques accès de nostalgie. Quelques moments de tristesse qui mettent du cœur dans son bureau XXL et du vécu dans l’atmosphère. Une discussion passionnée d’où transpirent un trop plein d’accents d’amour. Avec un tenace narcissisme familial comme un péché originel ? «Non, c’est que ma famille est au cœur de ma vie. J’ai eu la chance d’avoir une femme formidable. Nous avons ensemble encadrés nos 5 enfants qui sont tous devenus des scientifiques parce que moi et mon épouse étions scientifiques», serine-t-il, en se laissant porter par les gazouillis des oiseaux dans leurs volières qui ornent le pan extérieur de son cabinet. «Mansour Sy est quelqu’un de très sentimental, de respectueux aussi et qui considère toute personne au même niveau qu’il se voit lui-même. Quelqu’un de modeste qui sait qu’il doit toujours apprendre de l’autre, y compris de sa propre famille. Quelqu’un qui sait que chaque homme a des compétences que l’autre n’a pas», témoigne un membre de sa famille. Un ange passe !
Muté à Tamba
MA DAME, MA VIE. Assis sur le canapé du salon de son bureau où il reçoit, le ministre de la Fonction publique se laisse aller dans des confidences un peu privées. Pas par manque de dossiers à éplucher sur son bureau plein de paperasses. Non plus par oubli des multiples revendications qui pollue l’atmosphère de son ministère. Mais parce que Mansour Sy est un mari reconnaissant. Un homme qui doit beaucoup à une femme qui le lui rend bien. Il raconte : «Je me suis marié très jeune. J’avais signé polygamie entière (quatre femmes). Mais c’est pendant les années de mariage que l’on s’auto-apporte beaucoup de biens. J’ai vécu avec mon épouse des moments extrêmement importants. Finalement, j’avais beaucoup évolué grâce à elle. Alors j’ai décidé de rester monogame. Je suis reparti voir le maire où j’avais fait la déclaration de mariage et je lui ai dit que je voulais changer mon option matrimoniale pour devenir monogame. Il s’est mis à rire. Il pensait que je n’étais pas normal. Il m’a demandé de laisser comme ça, même si j’avais décidé de devenir monogame. Je lui ai répondu s’il était là pour donner des conseils à ceux qui voulaient changer de situation matrimoniale ou son rôle se limitait à porter les mentions. Quand il a su que j’étais déterminé, il a changé mon statut matrimonial», raconte le ministre, tout enjoué. C’était au siècle dernier. En 1972 exactement. Mansour voulait rendre à sa Awa, le statut de «Awoo» éternelle qu’elle mérite! C’est que sa dame l’a beaucoup épaulé. Elle était toujours là, présente, lorsqu’il avait besoin d’elle.
Affecté à Tambacounda par mesure disciplinaire après avoir participé à une grève à l’Université de Dakar, Mansour Sy a vécu une longue traversée du désert dans cette ville du sud-est du Sénégal, réputée pour être un chaudron presque toute l’année. Des moments de souffrances morales et financières inouïes qui l’avaient éloigné de la plupart de ses proches. Mais jamais de sa femme. Madame Sy qui venait fraîchement d’obtenir son baccalauréat décide de se ceindre les reins pour l’épauler dans son tragique rôle de chef de famille désargenté. Elle postule pour être institutrice stagiaire, sans rien lui dire. Affectée à Thiès, la dame prend en location une maison et recueille tous les frères du ministre…chez elle. Et c’est plus tard, lors d’une banale discussion entre époux que la bonne dame l’informe de ce qu’elle avait fait. A l’époque, faire le trajet Thiès-Tambacounda n’était pas une sinécure. La route n’était pas goudronnée. Les moyens de locomotions n’étaient pas importants. Et les moyens de communication étaient quasi-inexistants. Mais Mansour prenait du plaisir à arpenter cette route en pensant à sa brave femme. Et aujourd’hui, plus de 40 ans après de bons et loyaux services rendus à toute la famille Sy, Awa n’est pas considérée comme une épouse ou une belle-sœur. «Elle est un membre de la famille à part entière et fait partie des plus respectés et des plus honorés», témoigne le ministre, plongé dans le souvenir de son existence au long cours. De sa vie qui a débuté un jour clément du 25 mars 1950 à Guinguinéo (région de Kaolack)
Dans ce patelin situé au nord de la capitale du Saloum et dont le train Dakar-Bamako a fait la renommée, Mansour Sy, garçon sans histoire, y a fait ses premières gammes. Il y a appris le coran et fréquenté l’école des blancs. Après ses études primaires, il intègre le lycée Gaston Berger de Kaolack jusqu’en classe de troisième, puis l’école normale William Ponty (de 1967 à 1970) après avoir brillamment réussi au concours d’entrée. Après son bac en 1970, le jeune garçon intégré la faculté de chimie, biologie et géologie. Avant de quitter les bancs pour la craie. «J’ai enseigné dans une école élémentaire, ensuite au collège de Tambacounda que j’ai quitté en 1977 pour aller au Lycée Abdoulaye Sadji de Rufisque pour une année. Par la suite, j’ai enseigné au Ceg de Château d’eau à Thiès où j’ai enseigné jusqu’en 1984 comme professeur de Mathématiques Sciences Naturelle», résume-t-il sa vie d’enseignant chevronné. Début 1990, Mansour abandonne les classes pour aller subir une formation d’inspecteur de l’éducation populaire de la jeunesse et des sports à l’Inseps (Université de Dakar). Sorti en 1992, il est affecté au ministère de la jeunesse et des sports. C’est le début d’un sacré retour en zone (Rz).
SPORTS, MON FORT. 1984, en qualité d’inspecteur adjoint, Mansour, fonctionnaire de l’Education nationale, a travaillé dans la préparation de l’année internationale de la jeunesse en 1985. Et un peu plus tard sur la préparation et la célébration de la décennie de la jeunesse (1986-1996) comme chef de la Division des actions de développement au département de la jeunesse et des activités socio éducatives. Ensuite il est affecté à la direction du Personnel et de la Solde. Il a alors commencé à développer beaucoup de liens et de relations avec le ministère de la fonction publique. A l’époque c’était le ministère de la modernisation et de la technologie. «Ce passage au niveau du ministère de la Jeunesse et des sports m’a permis d’abord de connaitre toutes les structure du ministère de la fonction publique, de travailler et de présider la plupart de ces structures depuis le conseil consultatif de la fonction publique, la commission de classement», explique-t-il, nostalgique de ce temps anciens qui le fuit comme ses heures de jeunesse.
1999, il introduit sa demande pour aller au secrétariat général de la Confejes qui regroupe les ministères de la Jeunesse ayant le français en partage. Il est nommé pour un mandat de trois ans renouvelable comme directeur adjoint administratif et financier. Il a fait deux mandats avant d’être élu directeur administratif et financier. En 2005, il devait terminer son mandat. Mais à Paris, les pays membres lui ont proposé de rester encore trois ans parce qu’ils pensaient qu’il pouvait encore apporter quelque chose dans la mise en place d’un nouveau système de comptabilité en partie double qu’on venait d’adopter et dans lequel il avait apporté une contribution importante à côté d’autres cadres du secrétariat général. Il reste ainsi à la Confejes jusqu’en 2008. Une niche dorée qui lui a souvent permis de se rappeler au bon souvenir de sa jeunesse partagée entre le sport et la comédie.
«Sélectionné en équipe nationale de basket junior »
Mansour Sy a beaucoup aimé le sport. C’est son dada. Pur produit du Mouvement Navétane (championnat de foot populaire) pendant les vacances à Guinguinéo, teigneux défenseur, il avait sa place dans l’axe central de son équipe de quartier. A l’époque, sa place de titulaire était indiscutable. Et le trapu garçon déniaisait les terrains vagues du département de Gossas. Après un parcours footballistique reconnu, Mansour s’essaye ensuite au basket à l’école normale William Ponty. Là-bas, dans l’antre des premiers instituteurs du Sénégal, Mansour a aussi joué quelques grands rôles dans le théâtre local avec Cheikh Ndao. «Je suis un grand artiste dans ce domaine. J’ai monté de grandes scènes. J’ai fait du théâtre et du basket. J’ai été même présélectionné en équipe nationale junior de basket. C’était à l’époque où je jouais dans le championnat à Saint-Louis avec l’ancien entraineur de l’équipe nationale, Visière Diagne. C’est vers la fin de l’année 1970 que j’ai arrêté parce qu’à Ponty, on avait le culte de l’excellence. Un jour nous sommes allés à Saint-Louis pour un tournoi et nous devrions rentrer. Ce n’était pas très loin du Bac. On était retenu et on a passé la nuit à Saint-Louis. Quand je suis revenu, toute ma promotion m’a appelé pour me parler, parce que nous étions dans des groupes et mon groupe n’a pas travaillé parce qu’il m’attendait. Il y’avait un très fort esprit de solidarité. J’ai compris alors qu’il fallait que j’arrête parce que tout le groupe devait passer avec la mention pour nous permettre de poursuivre nos études à l’école normale supérieure ou à l’université», se souvient-il, sans regret. Comme de son engagement dans la politique dont il a chopé le virus incurable.
A côté de ses activités professionnelles, Mansour Sy a toujours eu une activité politique doublée d’une activité syndicale. Très jeune, il a milité dans le Parti de l’indépendance et du travail (Pit/Sénégal). Il a été dans clandestinité d’abord, puis dans la semi clandestinité. Membre fondateur du Sudes, il a travaillé dans les commissions préparatoires jusqu’à la création du Sudes en 1976. Il a même été le secrétaire général du Sudes de Thiès. Dans le premier temps de la vie syndicale, les autorités leur refusaient le droit de réunion dans les lieux du travail. C’est sa maison qu’il avait transformé en siège du syndicat à Thiès. «Dans la vie d’un homme, il y’a des engagements très fermes et qui permettent de donner à sa vie un sens. J’ai toujours décidé de lutter pour le bénéfice des populations et des structures. Et cela se fait sentir dans toutes mes initiatives et dans toutes mes actions. Si vous allez par exemple dans des quartiers, dans des villages où j’ai habité dans toutes les actions où les populations se sont mobilisées j’ai toujours été parmi elles si je ne suis pas devant. Pour nous battre pour avoir des édifices publics dans le quartier que ce soit des mosquées, des écoles, un cadre de vie beaucoup plus performant, des titres fonciers quand on avait décidé de nous expulser», professe-t-il. Un de ses collaborateurs au ministère de la Fonction publique de témoigner : «Mansour est un homme engagé, un homme de principe, mais aussi un homme très ferme qui sait travailler dans les environnements les plus stressés possibles. Donc un homme de rigueur qui sait que si on engage quelque chose il faut la finir, il faut respecter ses engagements, il faut travailler et persévérer et le succès est au bout de l’effort.» Et ses défauts ? C’est le ministre lui-même qui monte au créneau. «Je sais écouter, mais je ne suis pas très patient. Et la plus grosse erreur que j’ai (sic) est que quand je commence à développer une initiative, je vais jusqu’au bout. Ce qui est un défaut parce qu’assez souvent je sais que je vais recevoir des coups, mais ceci ne m’empêche de voir l’objectif. C’est un défaut parce qu’il faut savoir dans la vie prendre du recul.» Mais quand on est passé par une vie de boy aussi remplie, il n’est pas interdit de penser que tout est à portée de main…




