Prof Yaye Kène Gassama : “la technologie de l’Intelligence artificielle est bien présente au Sénégal et en Afrique”

Ferloo.com- En marge de la conférence inaugurale qu’elle a prononcée, la Prof Yaye Kène Gassama a fait un véritable plaidoyer pour les technologies émergentes et innovantes, comme les nouvelles technologies, les drones, le Gene drives, l’Intelligence artificielle… déjà bien présentes au Sénégal et en Afrique. C’est parce qu’elle semble être persuadée que ces technologies émergentes et innovantes vont façonner l’Afrique de demain.

Pourquoi ce plaidoyer pour les technologies émergentes et innovantes ?

Prof Yaye Kène Gassama : L’intelligence artificielle est très présente ici comme partout ailleurs dans le monde. On la trouve dans le domaine de la santé ; elle facilite le diagnostic, facilite la prise en charge des malades. On trouve l’intelligence artificielle dans l’industrie avec les robots, très sophistiqués qui facilitent les tâches dans ce domaine. Egalement ; on trouve l’intelligence artificielle dans le domaine de la recherche, dans le transport, dans les manutentions. Et on trouve maintenant des machines d’apprentissage. Ce qu’on peut appeler de l’auto-apprentissage. On les fournit des données et la machine va fonctionner comme le cerveau humain. Elle arrive à faire plus et mieux que le cerveau humain.

Est-ce que l’Afrique est à ce niveau de développement de l’intelligence artificielle ?

YKG : Je dis oui ! Trois fois oui ! L’intelligence artificielle ne demande pas de moyens. Il suffit d’avoir un ordinateur, d’avoir des algorithmes qui permettent de faire le « modeling » pour pouvoir définir les voies par lesquelles la machine va passer pour obtenir des résultats. A l’Université Gaston Berger de Saint Louis, comme à l’Université Cheikh Anta Diop, nous avons une trentaine d’étudiants qui préparent leur doctorat en intelligence artificielle. Il ya un Sénégalais, Monsieur Guèye, pour ne pas le nommer qui a déjà créé un algorithme pour les agriculteurs. Cet outil peut prédire les récoltes en fonction d’un certain nombre de paramètres.

C’est pour vous dire que sur le plan de la recherche, on a des ressources qu’il faut et on commence à appliquer dans l’économie locale. Il y a un autre qui est dans le transport. J’ai oublié son nom. C’est pour vous dire que cette technologie est bien présente au Sénégal, elle est bien appliquée en Afrique du Sud. On la retrouve également au Kénya, au Maroc et au Nigéria.

Pour les drones, on en trouve au Rwanda, au Ghana. Beaucoup d’entreprises en Afrique utilisent aujourd’hui des drones à des fins d’efficacité par exemple dans le système agricole.

En quoi, les drones peuvent être utiles aujourd’hui en Afrique?

YKG : En fait le drone est un système qui permet en un temps record de survoler un superficie et capter des images avec des capteurs d’images qui va vous donner des informations sur l’intensité photosynthétique, sur la qualité du sol, le niveau de l’eau et des nutriments pour tel ou tel type de sol, des informations sur la météo. Et à partir de ces informations, le scientifique va les analyser et à partir de ces interprétations, prendre une décision. Par exemple s’il ya une invasion des sauterelles qui ne sont pas peut être visible à l’œil nu, le drone peut les voir et la pulvérisation  peut se faire  immédiatement ; s’il y a une zone suffisamment arrosée, l’arrosage peut se faire dans d’autres parties du champ… De même si l’on constate que telle partie du sol est pauvre, vous pouvez  mettre des fertilisants sans attendre. Donc ça permet un gain de productivité et du temps…

Aussi, il ya énormément d’applications notamment sur le foncier où il ya souvent des litiges liés aux problèmes de délimitations. Avec les drones on peut avoir une délimitation très nette. D’ailleurs le gouvernement du Sénégal a commencé à utiliser des drones dans ce domaine précis. Dans le domaine de l’élevage, les drones sont des excellents outils pour régler les questions de transhumance et des pâturages, la gestion des espaces cultivables, la délimitation des champs. Je ne peux pas vous lister le nombre d’applications de cette technologie qui va beaucoup faciliter la création de richesse, beaucoup faciliter la prise de décision.

D’ailleurs, j’ai organisé récemment avec des Allemands et des Suisses un atelier pour la création des plateformes pour les drones où il y aura l’éducation, la santé, la formation des jeunes afin de les pousser à créer leur propre entreprise. Parce que c’est un service que le jeune peut rendre à la collectivité en aidant par exemple un paysan à mieux gérer son terrain, son champ… Il ya vraiment des opportunités sans fin à saisir.

Vous avez parlé des opportunités, il y a certainement des défis à relever ?

YKG : C’est ce que j’ai évoqué à la fin de mon exposé tout à l’heure dans la salle. C’est un challenger. Ce challenging est très important. Il nous faut prendre des mesures. Et comme première mesure à prendre, moi, j’ai parlé des jeunes parce qu’ils sont très ouverts à l’innovation. Ils absorbent l’innovation et ils sont capables de transformer et de créer de nouveaux outils auxquels on ne pensait pas de prime abord. Donc, nous devons mettre à profit cette capacité des jeunes à transformer les innovations. Il suffit de les encadrer à créer leur propre entreprise. C’est de cette manière seulement que la science, les idées vont sortir des laboratoires pour le bien de la société.

En deuxième aspect, j’ai parlé des pouvoirs publics. Ce sont à eux de favoriser cet environnement, à eux de pousser, de mettre à côté des incitations fiscales, exonérer les taxes pour un jeune qui crée son entreprise au moins pour un certain temps ou bien de mettre de côté les taxes pour celui qui achète un drone… Mais le plus difficile ce sont les lois, la régulation, le cadre juridique. Pour les drones, il ya un problème d’éthique, de sécurité, de données personnelles. Un drone qui survole ici nous voit et il a des images de ce que nous sommes en train de faire et qu’est-ce qu’il va en faire ?… Est-ce qu’il (drone) a le droit de survoler un quelconque espace ? C’est sur tout cela que le pouvoir public doit se prononcer en vue de créer un environnement favorable à la technologie mais aussi un environnement qui protège les citoyens dans leur droit à une vie privée…

 

news.senrevision.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici