De tout temps, les Lébous ont tenté d’obtenir, soit par la négociation, soit par les armes, leur indépendance des autorités qui les administraient.
Ce fut le cas avec les Portugais qui les poussèrent par la force hors de Gorée pour s’y installer en 1444.
Ce fut également le cas avec les Français, qui accordèrent à la communauté lébou l’auto-gouvernance. Les Lébous ont réussi à obtenir un titre à la terre et beaucoup d’entre eux sont devenus riches lorsque Dakar s’est développée et est devenue le principal centre administratif du Sénégal et de l’ouest-africain francophone. Avec l’assistance de Blaise Diagne, député du Sénégal au parlement français, ils ont obtenu l’abolition de la taxe d’entrée et l’indemnisation des communautés lébous dont les terres ont été confisquées pour construire Dakar.
Ils s’opposèrent également aux souverains successifs du Cayor, qui entendaient exercer leur autorité sur la presqu’ile du Cap-Vert et prélever des impôts sur les populations lébous. Commencée dès le début du XVIIIe siècle, cette confrontation entre les populations lébous et les maîtres du Cayor fut marquée par les batailles de Pikine (début du XVIIIe s.) qui opposa Les Lébous à Lat Soukabé N’Goné Dièye, Damel de 1697 à 1719, celle de Bargny (fin du XVIIIe s.) qui impliquèrent l’ensemble des Lébous de la presqu’île et les opposa à Damel Amary N’Goné N’Dêla qui régna sur le Cayor et le Baol de 1790 à 1809, et par la bataille contre Diambour, le lieutenant du Damel (Damel Amary N’Goné N’Dêla ou son successeur Birama Fatma Tioub qui régna de 1809 à 1832), qui ne concerna que le village de Yoff (début du XIXe s.).
Pour ce qui est de la bataille de Bargny, la tradition orale rapporte que chaque année, chaque village lébou apportait un tribut en nature au Damel (roi) du Cayor. Lorsque ce fut le tour du village de Bargny, le Diaraf (chef de village) Ballobé Diop (aussi nommé Dial Diop) refusa de payer le tribut, rappelant que Les Lébous ne reconnaissaient aucun roi et que c’est pour cette raison même qu’ils avaient quitté le territoire de leurs ancêtres. Le Damel du Cayor, Damel Amary Ngoné Ndella Coumba Fall aurait alors déclaré la guerre au village de Bargny. Sans armée de métier, les anciens du village allèrent consulter le génie Ndogal dans la forêt de Bahadiah. Bien que largement inférieure à celle du Cayor, on rapporte que l’armée de Bargny remporta la bataille, aidée par des nuages d’abeilles qui s’attaquèrent aux troupes du roi Amary Ngoné Ndella Coumba et laissèrent miraculeusement en vie les habitants de Bargny. Aussitôt après la bataille, Ballobé Diop décida que le territoire des Lébous serait délimité pour toujours des dunes de sable jaune de Diander aux collines jumelles de Ouakam, et de l’île de Ngor aux falaises rouges de Dialaw.
Il aurait déclaré aux autres chefs de village venus le proclamer roi, à l’issue de cette victoire : « Les Lébous n’ont pas besoin d’un Damel (roi), mais de solidarité entre eux. Nos terres sont vastes et fertiles, nos forêts sont giboyeuses, la mer est là, toujours généreuse, chaque village se suffit à lui-même. Nous sommes tous parents ; en cas de difficulté, aidons-nous les uns les autres. Retournez chez vous, dirigez vos villages dans la concertation, la justice, la paix et que votre autorité ne soit pas lourde. Que le frère cadet suive son frère aîné, que le fils suive son père ».




