Ses compagnons de route et ses adversaires d’hier peinent encore à y croire. Comme si Ousmane Tanor Dieng pouvait tenir, jusqu’au bout, sa réputation de leader insubmersible. Hospitalisé en France depuis plusieurs mois, le secrétaire général du Parti socialiste (PS), ancien collaborateur de Léopold Sédar Senghor et d’Abdou Diouf, s’est éteint ce 15 juillet.
Encore abasourdi par le choc, le PS est mis au défi de resserrer ses rangs, distendus à l’extrême par une crise ouverte ces derniers mois. En fin de règne, Ousmane Tanor Dieng avait vu sa légitimité vaciller. Les cadres de sa formation critiquaient sa gestion « verrouillée » du pouvoir et son refus de mettre fin à son compagnonnage avec l’Alliance pour la République (APR, de Macky Sall).
Membre de la coalition présidentielle, Benno Bokk Yakaar (BBY), depuis 2012, le PS n’avait pas présenté de candidat lors de l’élection du 24 février. Une première dans l’histoire du parti de Léopold Sédar Senghor. Plusieurs cadres avaient contesté cette décision de leur dirigeant, sans parvenir à lui ravir les rênes de la formation.
Critiqué en interne, caricaturé par ses adversaires – ils l’ont un temps appelé Jaruzelski, en référence à l’ancien dirigeant communiste polonais, pour moquer ses lunettes –, Ousmane Tanor Dieng aura réussi à se maintenir à la tête du PS pendant vingt-trois ans. Qui pourrait aujourd’hui succéder à l’indéchiffrable sphinx ?
Éviter l’implosion
Selon les statuts, c’est au numéro deux du parti qu’échoit ce rôle. Aminata Mbengue Ndiaye, jusqu’ici première adjointe du secrétaire général, a donc été propulsée au sommet du PS pour assurer l’intérim jusqu’au prochain congrès. La nouvelle secrétaire générale fait partie du cercle rapproché d’Ousmane Tanor Dieng. C’est lui qui avait proposé son nom, ainsi que celui de Serigne Mbaye Thiam, lorsque le PS avait obtenu deux ministères dans le gouvernement de son nouvel allié Macky Sall en 2012.
Aujourd’hui, la ministre des Pêches, l’une des égéries de la formation, et le ministre de l’Eau, secrétaire national aux élections du PS, sont pressentis pour remplacer leur mentor. Mais l’heure de la guerre de succession n’est pas encore venue : la date du prochain congrès n’est toujours pas connue. « Nous ne sommes pas pressés », assure Aminata Mbengue Ndiaye, qui insiste sur la nécessité « d’assurer la continuité ». Prendre la suite de Ousmane Tanor Dieng ? « Je n’y pense pas du tout », soutient pour l’instant la ministre, qui ajoute : « Lui succéder sera extrêmement difficile. »
À la différence de son prédécesseur, Abdou Diouf, qui l’avait lui-même désigné comme son dauphin, Tanor Dieng ne s’est jamais choisi de successeur. Au contraire, il avait bloqué la voie à l’émergence d’un nouveau chef de file. Un cadre évoque ainsi un parti « géré comme un bien privé », « accaparé par Tanor et ses proches ».
Les tanoristes rappellent pour leur part que leur leader avait su tenir bon lors de la longue traversée du désert qui avait suivi la défaite du PS face à l’opposant Abdoulaye Wade en 2000. Pour la première fois, le parti de l’indépendance goûtait l’échec, ses responsables transhumant dans le camp adverse les uns après les autres. Réputé être un diplomate hors pair et un travailleur infatigable, Ousmane Tanor Dieng parvint à éviter l’implosion. L’exploit lui vaudra le soutien indéfectible de sa garde rapprochée.
Source: jeuneafrique




