SEYDI ABOUBACAR SY (rta)
Son nom sait susciter de l’émotion et de l’admiration, des plus vieux aux plus petits. Serigne Babacar SY (rta), l‘homme au « bonnet carré », l’illustre savant et homme de Dieu, dont l’intelligence, le charisme, la diplomatie et surtout la piété, ont fini de faire l’unanimité. Doté d’un sens du devoir sans pareil, il sera le Khalife Général des Tidjanes de 1922 à 1957.
Premier Khalife de la Tarikha Tidjane après le rappel à Dieu de Seydil Hadj Malick SY, la tâche qu’il devait mener à cette époque était double : réussir à rassembler et convaincre les plus susceptibles ; et continuer le travail de son illustre père. Travail dont il s’attela si bien que jusqu’à présent, son nom est à jamais lié à la Tarikha et l’Islam par-delà le monde.
ORIGINE
Seydil Aboubacar SY est né en 1885 à Saint-Louis, alors capitale du Sénégal. Il est le fils de Seydil Hadji Malick SY et de Sokhna Rokhaya NDIAYE la sainte. C’est dans cette ville qu’il apprit le coran et maitrisa la charia. Son père s’occupa de sa formation en théologie, rhétorique, sociologie, grammaire, et astrologie. « Borom bonnet carré bi », comme l’appelle affectueusement les fidèles. C’est à quelques jours de son rappel à Dieu que Seydil Hadji Malick le fit appeler, en compagnie de son ami Seydou Nourou TALL et lui donna quelques recommandations : la relève lui revenait.
DIGNE CONTINUATEUR DU LEGS DE MAODO
En héritant du Khalifat Tidjane à l’âge de 37ans, Serigne Babacar SY ne faisait pas au début l’unanimité. À sa disparition, Seydil Hadji Malick était considéré comme un grand pilier et dépositaire de l’Islam. Sa disparition provoqua un tel tollé et une remise en cause de ce qui serait le lendemain de la Tarikha Tidjane. En continuation logique de son père, il a su imposer son respect, sa sagesse et les dons que Le Tout Puissant lui avaient voués. Cela rappelle bien à des égards, la disparition en 632 du sceau des prophètes Seydina Mouhammed (saws),-eutoutidjanneyi- et qui avait provoqué le désarroi de toute la communauté musulmane de l’époque. Mais à cette époque, c’est Aboubakr As Siddiq, qui avait hérité du trône et réussi à faire converger les esprits vers Dieu. S’il était vrai que l’homme qu’était Seydil Hadji Malick n’était plus, l’islam et la Tarikha Tidjane demeurèrent toujours. Et pourtant, avant même la disparition de Maodo, Serigne Babacar SY était déjà instruit de la fonction qui lui revenait, et dont sa lignée directe avec le sage de Tivaouane n’en était rien. C’est à ce titre qu’il déclarait : « si j’étais le fils de Malaw (le bûcheron), cela ne m’empêcherait pas d’être le Khalif de Maodo et celui de Cheikh Ahmed Tidjane Chérif ».
LE MYSTIQUE, GRAND SOUFI ET HOMME DE DIEU
Digne fils de Saint-Louis, il était l’incarnation même de l’élégance, de la prestance, du raffinement, de l’éloquence. Sa grande culture qui fit tout aussi sa popularité, d’autant plus qu’il entretenait un étroit lien avec Cheikhna Ahmad Tidjane Cherif (rta), le Prophète Mouhammad (saws) et Dieu le Tout-Puissant (SWT). Dire que son parcours sur terre s‘est fait avec un zéro faute ne serait pas trop dire. Al Khalifa incarnait si bien les valeurs cardinales de l’islam. En effet, l’homme déclare ne jamais avoir pêché de sa vie, et respectait scrupuleusement les recommandations du Tout-Puissant.
On lui reconnait une popularité toujours grandissante auprès de la jeune génération. Les générations qui ne l’ont pas connu, si ce n’est par ses œuvres (que ce soit humaine, religieuse ou littéraires,…) voient en lui une référence pour qui veut atteindre le salut. À son époque,-eutoutidjanneyi- Al Khalifa renvoyait automatiquement à l’homme avait su à merveille incarner le rôle et le statut qui lui était donnés de perfectionner les âmes, par ses miracles, sa grandeur d’âme, sa générosité et son profond attachement aux valeurs islamiques. La charge n’était pas des moindres, et c’est avec les qualités qu’il fallait que l’homme a su accomplir les tâches qui lui incombaient.
À cette époque de mutations et grandes interrogations, avec la modernité qui frappait à la porte du Sénégal et de l’Afrique ; il fallait soit ignorer ce fait inévitable, ou bien lui ouvrir les portes tout en se conformant à garder notre identité. C’est ainsi que sur le plan politique, il soutint le parti socialiste lors des élections législatives de 1951. Pédagogue éducateur, il fallait se conformer aux exigences de son temps. Dans certains de ses poèmes, il maniait même la langue française, comme l’arabe. Il fit beaucoup pour l’expansion et la renommée de la Tarikha Tidjane, et sa notoriété n’en devint que plus grande ; si bien qu’on le surnomma Khalife général de l’Afrique occidentale française.
DEFENSEUR DE LA PAIX ET DE L’ISLAM
Il fallait une parfaite symbiose entre le temporel et le spirituel, et dans lequel l’un et l’autre se placeraient dans un stricte équilibre, car l’islam et la tarikha prônaient l’ouverture et le fait de s’adapter à la situation du pays et de ses disciples. Pour comprendre, diriger, et aider, il fallait aussi savoir et comprendre ce que vivait la population dans leur vécu de tous les jours. En homme de paix, on ne saurait parler de Serigne Babacar sans parler de sa mission de paix qu’il a menée lors de la deuxième guerre mondiale.
Serigne Babacar, c’est aussi le digne défenseur de l’Islam et de la Tarikha Tidjane. Ses recommandations reposaient sur les piliers à savoir : sunu diiné (notre religion), sunu métier (notre travail), sunu tarikha (notre confrérie),-eutoutidjanneyi- sunu dahira (notre école de pensée), sunu yoonu Tivaouane (nos visites et ziarras à Tivaouane). Pour parfaire le comportement de tout homme, il prônait ainsi les qualités que devaient avoir un homme d’honneur (goor). Rien de mieux pour fixer et donner un semblant d’exemple à toute personne qui voudrait vivre dans la dignité.
CREATEUR DE LA PREMIERE DAHIRA
Avec l’occidentalisation de l’Afrique, Seydil Aboubacar SY comprit bien assez tôt que cet aspect n’était pas à exclure de la vie des disciples. Au contraire, tout comme l’Islam, la Tarikha Tidjane n’exclut pas l’ouverture aux autres.-eutou tidjanneyi- Il fallait ainsi se servir de cette occidentalisation et non se laisser servir, pour ne pas dire asservir. L’heure n’était plus au seul enseignement de l’Islam, il fallait aussi le contextualiser face aux réalités du moment, tant que cela restait conforme aux exigences de la religion musulmane.
Comprenant que toutes les personnes n’avaient pas le temps, le moyen, ni l’occasion de faire de longues études coraniques et religieuses dans les daaras ; conscient qu’à un moment donné, ce n’était plus les hommes qui devaient aller vers les daaras, mais aussi que c’est ces écoles où se formaient l’élite de la religion qui devaient ainsi aller vers les hommes. Il mit ainsi en place la création des dahiras,-eutoutidjanneyi- dont la première qu’il institua fut la Dahiratoul Kiram en 1932 pour des agents de l’administration. Peut-on parler aujourd’hui en matière religieuse, sans parler des nombreuses dahiras qui jalonnent, non pas Dakar ou Tivaouane, mais, partout dans le pays et dans le monde ? Si bien que même les autres confréries ont rejoint cet ordre d’idées et ont commencé tout aussi à créer ces institutions qui visent à apprendre les fondements de l’islam et les enseignements des grands hommes de Dieu.
SA DISPARITION
Né un lundi, c’est le lundi 25 mars 1957 que Serigne Babacar SY rendit l’âme. À l’âge de 72 ans, disparaissait ainsi l’un des plus grands hommes de Dieu que le monde n’ait jamais connu, plongeant dans un profond émoi la communauté Tidjane et musulmane. Khalife à seulement 37 ans, son khalifat aura duré 35 ans. Cependant, il demeure immortel par son œuvre et ses écrits.
L’homme était ainsi un grand écrivain et poète, qui a beaucoup écrit sur le Prophète Mouhammed (saws), sur Cheikh Ahmad Tidjane Chérif (rta), et sur Seydil Hadj Malick (rta).
BIBLIOGRAPHIE (non exhaustive)
(à retrouver dans la Bibliothèque.)
- Ya kamilan
- Heulmine sabiline
- Qasad naman
- Ya qoutbu Ya ghawçou
- Innal Manaïla
- Ya Cheykhou Ahmadou Tijan
- Mouridoul Qharmi Cheykhi
Kiné NIANG, Directrice Chargée de la Rédaction.




